Acte IV - Silence



"Athéna !" hurlèrent deux enfants. Ils s'acharnaient depuis un moment à secouer les mains de la jeune femme pour la tirer de sa rêverie. Ils étaient affolés, regardaient alentour et en les yeux d'Athéna, comme s'ils voulaient s'y jeter afin de se cacher.


Un horizon de noirceur grignotait la blancheur tout autour d'Asae. Les enfants redoublèrent de cris lorsque l'obscurité les cerna et poursuivit son recroquevillement.


Asae prit une lente inspiration afin d'épouser l'âme d'Athéna. Les enfants dans les bras, les yeux fermés, elle brûla un cosmos dont l'éclat dépeçait les ténèbres. Tenue à distance, la noirceur se faisait plus lourde, plus oppressante. A mesure Athéna intensifiait son aura. Consciente de sa force de déesse, elle ne craignait rien. Et puisqu'était venu le moment de protéger les Hommes représentés par ces enfants, le temps avait aussi sonné pour Athéna d'exalter la plénitude de sa force.


De la déesse guerrière se propagèrent des éclairs. Ils s'échappaient de son corps pour jouer dans les ténèbres et s'y rejoindre afin de former des arches de lumière. Mais la noirceur possédait mille manteaux que même la lumière ne traversait.


A la lisière du blanc et du noir, nulle décharge d'énergie ne se manifestait. Il semblait au contraire que cette frontière soit le seul endroit épargné de la puissance des attaques.


Les pleurs et l'agitation des enfants n'avaient de cesse. Athéna les maintenait fermement dans les plis de sa robe. Mais si elle crut que son étreinte répondait à celle des enfants, elle comprit son erreur en ouvrant les yeux. Les deux bambins tiraient de toutes leurs forces pour se libérer de la poigne d'Athéna. Ils la regardaient avec crainte, et l'ouverture de ses yeux déploya leur terreur. Leurs bras rougissaient sous leurs risibles débattements.


"N'allez pas là-bas ! cria Athéna. Les ténèbres vous engloutiraient, avec moi vous ne craignez rien." D'un geste vif Athéna rabattit les enfants contre sa robe et serra leurs corps contre ses jambes. L'obscurité gagnait du terrain par l'inattention d'Athéna. Cette dernière s'agenouilla, prit les enfants dans ses bras puis réintensifia son cosmos. Le contact des enfants était si doux, si savoureux à Athéna. Rien ne se dresserait devant sa fougue maternelle.


Un des enfants parvint à libérer son bras et l'abattait maintenant de toutes ses forces sur le visage d'Athéna. " Arrête ça ! gronda la déesse. Ne vois-tu pas que je te préserve de la mort ? " Une fois le bras infantile maîtrisé, Athéna aperçut le visage de l'enfant. Il présentait des brûlures où son aura divine brillait encore. La déesse retrouva un spectacle similaire à la vue du deuxième enfant. L'effervescence d'Athéna s'estompa. Elle réalisait avec peine que leur souffrance venait d'elle. Protectrice des enfants, elle devenait leur bourreau. Mais avait-elle le choix ? Les laisser aux ténèbres les condamnerait ! Alors comment vaincre sans lutter, comment lutter sans résister ?


Une profonde tristesse envahit Asae. Devant un choix dont les deux possibilités menaient à un destin funèbre, la jeune femme se sentit faiblir. N'était-elle donc pas capable de protéger les hommes ? Les enfants profitèrent du relâchement d'Athéna pour tenter de fuir. Ses mains divines restaient assez fermes pour les retenir.


"Désirez-vous à ce point me quitter ?" demanda Asae d'une voix faible. "Puisque votre vie d'humains fait de votre libre arbitre une liberté chère à mon cœur, je vous libère, doux enfants. J'ai été bien peu digne de vous. Puissiez-vous disparaître avec l'illusion de courir vers la vie. Pardonnez-moi."


Libérés, les enfants se précipitèrent vers les ténèbres. Une fois celles-ci pénétrées, les cris des enfants cessèrent. Athéna résorba son cosmos, cependant elle illuminait au naturel les alentours, menant à un nouvel équilibre avec la noirceur. Un équilibre où ne jouait aucune force. Un équilibre serein, telle une plume posée sur une eau calme. Les pleurs d'un enfant et le rire d'un autre résonnèrent depuis l'obscurité. Athéna y reconnut ses protégés. L'un soulagé par le rire, l'autre traumatisé aux larmes par cette expérience. Athéna se surprit à vouloir percer l'obscurité pour distinguer les enfants. Elle désirait connaître ce qu'elle interdisait l'instant d'avant. Ce noir inconnu l'intriguait désormais autant qu'il aiguisait sa honte à la pensée d'avoir tant rejeté ce qu'elle condamnait par ignorance.


La joie existait hors d'Athéna. La sécurité résidait ailleurs qu'entre ses bras. Mais comment s'en rendre compte, éblouie par la responsabilité d'une déesse ?


Qu'était-elle, après tout, sinon un fragment de cosmos perdu en l'infini ? Femme ou déesse, elle restait risible à l'échelle de l'univers. L'agitation de ses bras ou le sang de sa robe ne parlent pas pour l'espace, nulle parole n'est plus vraie quelle celle des étoiles, des planètes. Et pourtant l'humanité l'avait pour protectrice ; son esprit et ses mains détenaient le sort d'un peuple, d'un monde, d'un astre.


Oui, Athéna n'était du cosmos qu'une vibration passagère. Alors autant lui donner la plus belle des ondulations. Fragment de Vie, elle désirait la favoriser, l'épanouir grâce à son propre éclat, aussi diaphane soit-il.


Si peu et tant à la fois, Athéna fut envahie de plénitude. Animaux, végétaux, montagnes, lacs… la déesse se sentait liée à chacun, sœur des éléments, poussière habile, femme aux sentiments fleuris.


Athéna se sentit s'élever, parcourir un ciel imaginaire. Une brume la cerna bientôt, se densifia puis cessa brutalement. La lumière aveugla Athéna. Une clarté céleste habitait les lieux et pour cause, elle se tenait sur un nuage. Un tapis immaculé portait ses pas. Autour d'elle les formes vaporeuses gonflaient, s'étendaient, s'ourlaient, vivaient aléatoirement pour former un édifice à l'architecture constamment modifiée. Le soleil projetait ses rayons parmi l'humidité ambiante, formant ci et là d'éphémères arcs-en-ciel.


La déesse avançait au hasard. Il lui sembla percevoir, entre deux nuages, les vantaux d'une porte en ébène. Elle en distingua une autre plus loin, composée d'ivoire, bien vite cachée par une éruption nuageuse.


- Tu te demandes où nous sommes ? dit une voix vaporeuse.


Asae découvrit une femme à la robe aussi légère que ce royaume. Entre les lacis de ses cheveux châtains, son regard aérien offrait des scintillements d'étoiles. Sa posture comme son calme inspirait une confiance immédiate. Elle gratifia Asae d'un doux sourire.


- Mémoire et imagination finissent par se confondre parmi l'épreuve du temps. Sous l'aspect onirique de ce palais, chaque goutte des nuages est un souvenir que nous foulons, observons ou ignorons. Ce domaine est si vaste qu'une vie ne suffirait pas à le parcourir. Tu as remarqué différentes portes. Il en existe un grand nombre. Chacune ouvre sur un pan entier de ta mémoire. Disons que ton esprit a catégorisé certains souvenirs afin de mieux y accéder.
- Tu es… commença Asae les yeux plissés pendant le parcours de sa mémoire. Rachel ?
- En effet.
- L'une des incarnations d'Athéna durant le Moyen-âge.


Rachel sourit, avant d'ajouter :


- Comprends-tu la portée du fait que tu me reconnaisses ?
- Oui. Nous sommes Athéna, deux de ses mémoires mortelles. Je viens de m'éveiller à la conscience collective d'Athéna. J'ai accès à l'ensemble de ses connaissances, de ses souvenirs. Je peux donc parcourir sa mémoire en quête des réponses désirées. M'aideras-tu à me guider ?
- Ce qui est mien est tien, Athéna.
- Alors j'aimerais savoir… pourquoi ce serment à Zeus au nom du Styx ? Pourquoi Athéna s'est-elle interdit d'aimer un homme ? Pourquoi l'éternité payée au prix de la virginité ? Pourquoi une telle condamnation ? Je le sens, Rachel, tu as été amoureuse, comme Saori, comme moi… Chaque incarnation d'Athéna eut le cœur emporté par un homme, certaines allant jusqu'à rêver de maternité. Pour elles, protéger une vie qu'elles ne pouvaient faire naître fut une terrible frustration. Un homme à ses côtés, un enfant dans les bras, Athéna n'en serait-elle pas plus épanouie, juste et savante ?
- La Théogonie.


Quelques gouttes échouèrent sur le front d'Asae. L'écrit d'Hésiode reparut clairement à sa mémoire.


"Le Roi des Dieux, Zeus, prit pour femme Métis, la plus sage d'entre les Immortels et les hommes mortels. Mais, comme elle allait enfanter la déesse Athéna aux yeux clairs, alors, abusant son esprit par la ruse et par de flatteuses paroles, Zeus la renferma dans son ventre, par les conseils de Gaia et d'Ouranos étoilé. Et ils le lui avaient conseillé, pour que la puissance royale ne fût possédée par aucun des autres Dieux éternels que Zeus ; car il était dans la destinée que, de Métis, naîtraient de sages enfants, et, d'abord, la Vierge Athéna aux yeux clairs, aussi puissante que son père et aussi sage. Puis, un fils, roi des Dieux et des hommes, devait être enfanté et posséder un grand courage."


- J'ose à peine comprendre, dit Asae.
- Oui. Métis ayant été avalée par Zeus et Athéna naissant de son crâne, la déesse guerrière contient en elle l'esprit de Métis. C'est donc du ventre d'Athéna qu'est craint le fils à venir.
- Alors Zeus avait peur ! Peur que la Sagesse le détrône, que la Justice enfante son bourreau ! A-t-il si peu confiance en notre amour filial, en le respect qu'il m'inspire ? Quelle insulte, quelle injustice ! Mais, Rachel… Pourquoi ai-je deviné ce souvenir ? Pourquoi ne m'est-il pas apparu tel que je l'ai vécu ? Je n'ai pas mémoire de ce serment au bord du Styx bien qu'il soit tant ancré en moi. Pourquoi ?
- C'est une excellente question, Athéna.
- A laquelle tu ne m'aideras pas à répondre.
- A laquelle je n'ai pas réponse. La mémoire collective d'Athéna n'est qu'une étape. Athéna seule ne peut lever le voile. Comme tu le constates, ta quête n'est pas achevée.
- Je devine qui a la réponse. Mon adversaire de toujours, celui qui connaît ma culpabilité, celui qui conserve mon secret là où personne ne viendrait le chercher. Il me faut de nouveau rencontrer Hadès. A la lumière de mes découvertes, je saurai lui parler, et s'il le faut, l'affronter.


Le silence de Rachel servit de confirmation.


- Les portes… je dois franchir l'une d'elles pour avancer.
- Toutes finiront par te mener au même endroit, puisque telle est ta volonté. Cependant, sois vigilante. Ouvrir l'une ou l'autre engendrera des détours imprévisibles. En choisissant la porte des dieux par exemple, plusieurs panthéons assailliraient ta mémoire, tu invoquerais autant des alliés que des ennemis, même au sein des croyances grecques ; or ton sommeil est fragile.
- Mon sommeil… répéta Athéna, réalisant soudain que son corps reposait toujours au sein de l'Erechthéion.


Cette pensée l'amena aux combats que livraient à l'instant ses chevaliers. Près de douze heures s'étaient écoulées depuis son départ, et son chemin se traçait indéfiniment devant elle.


Athéna sut quelle issue invoquer. Suivant ses pensées, les nuages percèrent la mer de brume, portèrent face à la déesse une porte d'or, ciselée d'argent, veinée de bronze. La richesse des sculptures sur la Porte Sainte offrait le cercle des douze signes zodiacaux cerné des 76 autres constellations du ciel.


De tous temps les chevaliers avaient assuré la victoire d'Athéna. Leur foi persista malgré les âges, malgré les souffrances, les lassitudes. La flamme de son pacifisme trouvait toujours des cœurs à ceindre, des âmes à habiter et à travers lesquelles perdurer. A la pensée de ces hommes merveilleux, un profond sentiment d'amour envahit le cœur d'Athéna. Sa reconnaissance envers les saints n'avait d'égal que son désir de les protéger.


D'un discret hochement de tête, Athéna stimula l'ouverture des vantaux. Une file ininterrompue de chevaliers défila à travers la porte. Un à un ils avançaient et s'agenouillaient devant Athéna. Près de mille chevaliers, parés ou non d'armures, conservaient la tête baissée devant l'incarnation de leur déesse.


Athéna marcha dans leurs rangs. Elle vit certains contemporains tel Maui d'Héraclès, et beaucoup d'autres dont l'identité se distillait de la mémoire collective d'Athéna. Elle reconnut ainsi Amalthée du Capricorne, Ulysse du Sagittaire, Pixie de la Boussole, Alwaïd du Dragon, Manoë de la Colombe, et même Minos du Taureau.


Athéna leur parla.


- Chevaliers, en cette heure se joue la destinée des dieux. Pour ce combat final où l'humanité est en jeu, j'invoque votre présence. A cet instant, des saints se battent pour offrir un sursis au Sanctuaire. Partez les rejoindre. Apportez par vos mémoires la force inspiratrice de l'union. Brillez encore, doux chevaliers, la Terre comme le Ciel aime vos lumières.


Les souvenirs des saints s'éparpillèrent en bouquet final. Dans leur départ, leurs cosmos habillèrent les nuages de myriades de couleurs.


Rachel avait disparu. Seule subsistait la Porte Sainte, ancrée dans la nue. Athéna la dévisagea longuement. S'il lui était possible d'appeler les saints du passé, elle pouvait également invoquer un souvenir actuel. Et il n'en était qu'un qu'Athéna souhaitait ressusciter.


Sheliak apparut dans l'embrasure de la porte. Il s'immobilisa à son seuil, le regard vers son aimée, ses bras ouverts aux siens. Athéna courut, ses pas envolèrent des volutes de nuage, elle ouvrit à son tour les bras avant de se jeter contre Sheliak. Elle enserrait son dos de caresses, il noyait ses mains en sa chevelure. Leurs corps appuyaient un contact si longtemps espéré, leurs respirations se mêlaient. Ils se laissaient nimber de l'extase partagée.





Allongé ventre à terre, Hyoga caressait du bout des doigts un tissu au toucher apaisant. "Quelle douceur… De la soie."


Hyoga découvrit les plis d'une robe aux longueurs étendues sur l'anneau de Jupiter. Le tissu le protégeait de la morsure de la glace, des escarpements des roches. Il s'y sentait bien. L'envie de se lever l'épargna un moment.


Dans la robe, un corps dignement redressé, à l'allure aussi sûre que svelte. Son regard au bleu du ciel fixait Sheliak qui se relevait péniblement. Les yeux de l'Arabe rencontrèrent ceux d'Héra. Ils restèrent un long moment à se toiser. L'intensité de ce face à face laissait deviner un dialogue visuel indéchiffrable. Une étrange curiosité semblait lier Sheliak et Héra.


Le saint saisit son instrument. La lyre ailée luisait. "L'Appel des Muses…"


En plus des sept cordes, deux autres naquirent et se tendirent. D'un doigté délicat Sheliak frôla les cordes dont le nombre s'accordait à celui des Muses.


Les vents issus des tempêtes de Jupiter ralentirent jusqu'à devenir inaudible. L'eau de l'anneau se mua en glace afin de pouvoir résonner sous les accords de Sheliak. Les roches se faisaient un devoir de répercuter la musique pour continuer à la faire vivre, la répandre et l'offrir alentour.


Les notes aériennes vinrent fondre dans la glace, sublimant celle-ci. Une épaisse vapeur se leva, couvrant l'anneau sur ses milliers de kilomètres. Anneau de brume autour d'une planète de vents. En extase devant ce spectacle, Hyoga vit lentement s'effacer dans la brume la déesse et le saint. Avant de les perdre il aperçut Sheliak entamer un mouvement de recul. Sa voix vola de gouttelette en gouttelette jusqu'à atteindre le Cygne :


- Je me rends sur Jupiter. Je te demande de couvrir mon avancée.
- Pars sans crainte, Sheliak. Je suis dans mon élément ici. Bien plus que je ne l'imaginais.


Sous la main d'Héra la brume se dissipa à une centaine de mètres à la ronde. Immobile, Héra observait maintenant l'ange. Son stoïcisme surprit Hyoga : Sheliak se dirigeait vers Jupiter et elle ne l'en empêchait pas.


- Pourquoi le stopperais-je ? interrogea Héra en réponse aux pensées du Cygne. Le chemin vers Zeus est fermé. Sheliak peut bien s'y jeter, il n'y survivra pas. Seuls les hécatonchires vous offraient une chance d'en franchir le seuil. Son sort est réglé, je ne l'empêcherai pas de s'y précipiter.


Hyoga retira son armure. Le Cygne aux plumes de glace reprit forme sur l'anneau.


- Alors notre combat n'a plus de sens, annonça-t-il.


Héra pencha légèrement la tête en signe d'incompréhension. L'ange reprit :


- Je ne désire pas rencontrer Zeus. Quelle réponse y trouverai-je ? Quelle vérité indicible m'y attend ? Je ne veux plus le savoir. Le Destin trouvera sa voie malgré l'intervention de quiconque, ainsi ma présence devient-elle inutile puisque dénuée de raison et d'horizon. Je suis las de l'absurdité de ces combats à l'issue impossible. Je n'irai pas plus loin.


La déesse scruta longuement le Cygne. Elle y décela la sincérité dont elle doutait jusqu'alors.


- Les guerres t'ont fatigué et je le comprends. Tu mérites le repos, je te l'offre à nos côtés. Tel Shiryu, sacrifie-toi à Zeus, je te mènerai dans la paix de l'Olympe.
- Pardonnez-moi, reine des cieux, mais je préfère la mort. Mon immortalité est alourdie d'une douleur lancinante, d'amours dont la force est le bourreau de mon âme. J'ai toujours défendu la paix, je cherche maintenant celle de mon âme.
- Tu prétends avoir fait tout ce chemin… pour rien ?
- J'ai protégé ma fille et mes amis, je leur ai fourni mon aide tant qu'ils en avaient besoin. Mais ils ont disparu, et Sheliak n'a plus besoin de moi.
- Si près du but, tu arrêtes ? Sans doute, sans regret, sans culpabilité ?
- Je suis déjà coupable, depuis longtemps. Ma mère est morte pour moi, j'ai tué mes maîtres, des amis, et tant d'autres que je n'ai su comprendre. Tous ces meurtres sont autant d'erreurs qui pèsent sur ma conscience. Que n'ai-je réussi à leur parler, à mieux argumenter pour les convaincre de la paix en ma cause ? Non, j'ai seulement su utiliser mes poings et distribuer la mort à ceux dont la croyance était autre. Alors si je n'ai su convaincre des mortels, comment serais-je assez pertinent pour nous accorder les faveurs du roi des dieux ? Avec quels arguments demanderais-je à Zeus d'épargner Athéna s'il ne s'y est pas résolu jusqu'à maintenant ? Quels maigres mots trouverais-je à dire devant le dieu des dieux pour plaider une cause perdue ? Je comprends combien Shun fut un merveilleux chevalier. Refusant le combat, tentant toujours de trouver une issue par le partage des idées, et n'employant la force qu'en dernier recours, lorsqu'il doit, pour Athéna, pour nous et pour lui, survivre. Je n'ai pas sa pureté. Je suis souillé, et lassé. Je veux en finir.


Hyoga avança de quelques pas. Méfiante, Héra contint un mouvement de recul. Elle scruta de nouveau le regard de l'ange et y vit une lassitude et une tristesse où ses paroles trouvaient écho. Il était sincère. Il faisait peine à voir.


- Le froid a envahi mon cœur, conclut Hyoga. Mon corps va le suivre dans cet assoupissement. Reine du ciel, au nom des constellations auxquelles j'ai voué ma vie, j'aimerais mourir dans vos bras.


Un frisson parcourut Héra. Personne, jamais, ne lui avait demandé cela. Etre dans ses bras… Zeus s'en était lassé depuis longtemps, ses enfants n'étaient pas les moins ingrats, et les mortels craignaient ses colères plus qu'ils ne réclamaient son affection. Face aux bras ouverts de l'ange, Héra fut gagnée d'un lourd sentiment de solitude. La chaleur offerte révélait d'autant mieux les glaces de l'âme d'Héra.


D'un geste lent la déesse écarta un bras. Hyoga s'agenouilla, posa la tête sur le ventre d'Héra, cerna son dos d'un bras et tendit l'autre pour que sa main atteigne la joue féminine. Héra referma les bras sur son suppliant. Le Cygne ferma les yeux, son corps pâlit, sa température chuta, sa chair devint glaciale.


Malgré la froideur de Hyoga, la peau d'Héra demeurait chaude et colorée. La déesse ferma les yeux à son tour et serra ses mains sur Hyoga, perdue en de mélancoliques pensées. Ses doigts glissèrent jusqu'aux cheveux de l'ange dans lesquels elle abandonna des caresses maternelles.


"Repose en paix, ange des glaces. Merci d'avoir effrité celle de mon cœur."



Sheliak longeait le bord intérieur de l'anneau d'autant plus lentement qu'il devait résister à l'importante attraction de Jupiter. La brume qu'il traversait laissait à peine deviner la planète. Combien d'heures lui faudrait-il pour découvrir l'objet de sa recherche ? Il accéléra.


Au souffle dans son dos, Sheliak reconnut Calaïs. Le vent souleva ses jambes et le porta. "J'ai trouvé !" se contenta-t-il de dire en emmenant Sheliak à grande vitesse. A la suite d'un long vol il le déposa au bord de l'anneau, face à l'entrée de l'astre. Hipparque leur en avait longuement parlé : les ceintures de nuages colorés de Jupiter présentaient un renflement perçu comme une étrangeté aux yeux des astronomes : une grande tâche rouge, comme un œil entre les vents, plus violent que les tornades alentour, plus énergétique que les courants aériens réunis. Le tourbillon rouge faisait à lui seul deux fois la taille de la Terre. Il s'élevait telle une montagne incessamment mouvante. On y devinait une chaleur insoutenable et une force démesurée. Les petits tourbillons à proximité se voyaient attirés puis absorbés par la grande tâche rouge, nourrissant d'autant plus son ampleur et l'impression de danger.


Telle était la porte vers Zeus, celle que des bras d'hécatonchires pouvaient forcer. Mais que pouvait un mortel face à un tel portail ? Aucune matière ne semblait pouvoir résister à l'apparente pression du tourbillon.


"Nous n'y résisterons pas" confirma Calaïs. "Que faire, Sheliak ? Je t'y porte si tu le désires mais tu sais comme moi que c'est peine perdue. Nous n'y trouverons que la mort."


La mort… Sheliak en avait eu un avant-goût dans le désert. Il se rappelait son seuil, lieu où toute souffrance physique et spirituelle avait disparu. Il se rappelait ce calme, cette tranquillité qu'aucune pulsion ne venait troubler.


Il ferma les yeux et se gorgea de ce souvenir. Si une telle paix se cachait en la mort, pourquoi la redouter ? Pour la perte de la seule personne qui offrait à Sheliak l'envie de vivre. Pour Asae, Sheliak désirait conserver l'éclat de ses journées, il voulait d'Asae partager la présence, l'aimer, lui jouer son amour, la ravir, la faire rougir et pâlir, l'entendre rire et dormir, voir ses milliers d'expressions guidées par l'émotion, la tenir dans ses bras, sentir son souffle, son pouls, caresser ses cheveux, embrasser son visage.


Asae, tu me manques tant… Je veux, je dois, je vais te retrouver. Si mon corps va périr, mon âme résistera et je te retrouverai, sous quelque forme que ce soit. Notre amour éternel par mon âme survivra ; et elle sera tienne et dévouée, heureuse et amoureuse. Je viens te chercher, Asae.


Une tristesse étouffée se libéra lorsque Sheliak saisit sa lyre. La sincérité de son chant appelait par avance l'honnêteté des sentiments.


                  

Lettre Morte


Quels mots pourraient livrer mon âme à l'abandon,
Sans laisser transpirer mon besoin de pardon ?
Je te quitte, Asae, sans avoir savouré
Les caresses à ton corps d'un cœur énamouré.

Qu'ai-je tant attendu pour chanter tes louanges,
Retenu par ma peur, par un malaise étrange ;
Ne me reconnaissant ni en mes longs silences
Ni en ma lyre aphone, fragile à ton absence.

Je m'en veux Asae, d'avoir par mes questions
Laisser naître de moi la cruelle affliction
Qui me fit de tes yeux perdre les privilèges
Et qui rend à mon cœur mes doutes sacrilèges.

Je n'ai su de l'amour accepter l'évidence,
Te blottir contre moi, au chaud et en confiance,
Accepter de l'amour les plaisirs innocents
Autant que les folies de nos jeux indécents.

Ta présence a soumis mon désir de conquête
Aux reflets de tes yeux dont l'éclat est ma quête.
J'ai vu à travers toi les beautés d'une vie
Où je rêve danser dans les bras de ma mie.

Asae, à ton nom je vole avec espoir,
Vers un pâle destin, vers un horizon noir,
Où la mort éteindra mon corps et ma raison
Et où s'étouffera ma dernière oraison.



Le saut de Sheliak laissa derrière lui quelques larmes. Le saint chutait vers Jupiter, guidé par Calaïs en direction de la grande tâche rouge. Dernier répit avant l'annihilation, dernière inspiration avant l'ultime liberté.


Pris dans la tornade rouge, Calaïs et Sheliak furent immédiatement projetés en profondeur, jetés sur les côtés et attirés de nouveau vers le cœur. Ils s'enfonçaient toujours plus profondément, ballottés comme de la paille dans un ouragan.


Les vents de Calaïs furent dispersés en une bourrasque. Ses fragments se perdirent dans la tornade, trop dérisoires pour la nourrir.


Sheliak lâcha sa lyre qui se brisa dans l'instant. Son armure céda aux assauts tempétueux, s'arracha du corps du saint. Sheliak brûla sa plus intense cosmo-énergie. Le visage d'Asae éclairait ses yeux fermés à la tempête. L'énergie déployée permettait à son corps de ne pas être broyé par la pression ni écartelé par les vents contraires. Mais pour combien de temps ? Le chaos gagnait en puissance à mesure de l'enfoncement de Sheliak. La tempête divine ne l'épargnerait pas. Son cosmos décroissait sous l'emprise céleste. Son corps ressentait de plus en plus violemment les vents hurlants et déchirés.


Des épisodes de sa vie défilèrent à son esprit. Son étreinte avec Athéna, son envol sur l'Altis, ses méditations avec Altaïr, la mort d'Oisin, sa main dans celle d'Asae, le combat contre Zeuxis, le Parfum de l'Automne, Myrddin le ramenant vers la vie, le flocon de cosmos en cadeau à sa paume, et puis… plus rien.


Plus d'image, mais un son. Sa naissance ? Non, Sheliak ne se la rappela qu'à l'instant : sa résurrection dans le désert. Le son était une voix perdue dans cette omniprésente obscurité. Une voix du fond des âges, transpirée des profondeurs de la Terre.


- Ecoute, enfant. Tu es mort aujourd'hui, et ton corps m'est offert. Je suis Hadès, le Souverain des Enfers. L'heure venue tu deviendras mon enveloppe charnelle. Je t'offre en attendant une vie nouvelle.
- Qu'en ferais-je ? Je veux mourir.
- Tu trouveras un sens à ta vie, car je te lègue un fragment de ma conscience. Va, futur saint d'Athéna, oublie notre rencontre jusqu'à nos retrouvailles.


Sheliak sentit un puissant cosmos l'envahir. Il perçut aussi un esprit pénétrer le sien, explorer les méandres de son cerveau et s'y insérer peu à peu, substituer à la conscience d'un mortel la plénitude divine.


La conscience de Sheliak se rebella. Il voulait vivre désormais, il ne souhaitait plus s'abandonner à la mort. La mémoire d'Hadès s'ouvrit alors à Sheliak. Le saint retint son souffle. Hadès lui laissa suffisamment de présence d'esprit pour qu'il puisse contempler sa vision. Après un temps de contemplation accordé à Sheliak, Hadès mit fin à son supplice, recouvrant chaque parcelle de sa conscience.


Une vive anxiété gagna Héra. Voilà ce qui l'avait intriguée chez Sheliak : ce regard insondable, presque mort, cette âme si fragmentée. L'incarnation d'Hadès ! Comment avait-elle pu être si aveugle ? Elle écarta la dépouille de Hyoga pour se précipiter à travers la brume vers la grande tâche rouge.


Son corps heurta violemment un mur invisible. Perplexe, Héra tenta de le briser mais rien n'y fit. Elle généra autour d'elle un bref cosmos qui dissipa l'ensemble de la brume. Jupiter et son anneau furent de nouveau visibles, ainsi qu'une paroi de glace devinée par d'infimes scintillements. La brume avait guidé Héra hors de l'anneau, ses pieds paraissaient marcher dans le vide, pourtant Héra n'avait pas chuté vers Jupiter. Elle était soutenue par une structure invisible.


La déesse s'arrêta et profita d'un instant de réflexion. Elle ouvrit lentement sa main. Au creux de la paume naquit un flocon de cosmos aux doux reflets bleutés. Elle mena sa main face à sa bouche et d'un souffle donna l'envol à la lumière. Le flocon s'éleva. Son ascension lumineuse révéla la glace alentour. Héra se trouvait dans un cercueil gigantesque. Hyoga l'avait piégée pendant sa prière, et le froid alors ressenti était moins celui de son corps que du cercueil naissant.


En rage, Héra se déchaîna sur les nombreuses parois. La parfaite cohésion de la glace portée au zéro absolue condamnait toute percée. Le poing écrasé sur la glace, Héra hurla sa colère et son anxiété nouvelle. Son impuissance face à l'avancée d'Hadès lui était insupportable.


"Shiryu ! appela-t-elle, désespérée. Au nom de ta fidélité envers Zeus, protège le dieu des dieux. Tue Hadès !"


Hadès fendait la tornade telle une hirondelle sur un vent porteur. Il accélérait, fusait vers les courants pour se projeter d'autant plus vite à travers les tempêtes et les éclairs desquels il se jouait.


Il finit par apercevoir une lueur sylvestre derrière les dernières tempêtes. Hors de la tourmente, Hadès déboucha sur une frondaison à perte de vue. Ce vaste feuillage balancé par un vent continu n'était pas celui d'une forêt mais d'un seul arbre, un chêne immense. Ses feuilles chantaient à l'unisson, ses branches et ses racines s'étendaient jusqu'aux brumes tempétueuses constituant un nouveau ciel.


Hadès se posa sur l'une des branches. Le tronc demeurait à ce point éloigné qu'il était impossible de le distinguer derrière le réseau complexe et dense de la ramure. Attentif au chant du vent dans les branches, Hadès n'y reconnut aucune parole. Zeus avait certainement senti sa présence, pourtant nul ne l'accueillait.


- Ton hospitalité fait honneur à tes préceptes, lança Hadès. Je sais, je ne suis pas le bienvenu chez toi, mon frère. Cependant tu m'entendras cette fois, que tu le veuilles ou non.


Les lèvres d'Hadès vibrèrent imperceptiblement. Il tendit la main au sein de laquelle apparut la jarre spectrale de la Lyre. Les cendres libérées voletèrent, se réunir puis se condensèrent en une armure noire parée d'arabesques de diamants. Hadès approcha le surplis de la Lyre pour en saisir l'instrument.


Paré des seuls habits blancs de Sheliak et de sa lyre ténébreuse, Hadès entreprit de trouver Zeus. L'étendue de l'arbre rendait inutile une exploration systématique. De plus le lacis des branches constituait un parfait labyrinthe. Après tout, pourquoi chercher ? Zeus était peut-être cet arbre dans son ensemble. Afin de lever le doute, Hadès fixa une branche en contrebas. Son seul regard suffit à nécroser le bois. La branche sectionnée fut immédiatement aspirée et broyée par les tempêtes de Jupiter. Aucune réaction de Zeus. Il n'était pas le chêne. " Ainsi tu te caches… Le dieu des dieux est-il un lâche ? "


Hadès se coupa de ses cinq sens afin de ressentir toute influence cosmique autour de l'arbre. Il finit par percevoir une aura discrète, sur une branche lointaine de l'autre côté du tronc. Après nombre d'impasses, moult retours en arrière, Hadès finit par atteindre la branche. Au plus loin du tronc elle s'affinait et s'élevait soudainement, puis le bois s'aplanissait pour former un hémicycle cerné de feuillages.


Au centre de la plateforme un vieillard assis en tailleur observait un minuscule bourgeon. Ses yeux mi-clos et ses lèvres frémissantes lui prêtaient l'apparence d'un homme en prière. A l'arrivée d'Hadès il se tut, leva les yeux et laissa longuement son regard plongé dans celui du dieu.


Shiryu entama le dialogue.


- Je dois m'avouer surpris, Hadès. Ki-lin et moi ne nous attendions pas à vous voir incarné en Sheliak. Mais c'est finalement d'une telle évidence.
- Votre ignorance était nécessaire à ma réussite. Où se trouve Zeus ?
- Sous vos yeux.
- Sois plus clair Shiryu.
- Il est le bourgeon que je veille.
- Ça ! désigna Hadès, méprisant. Qu'est-ce qui m'empêche de l'écraser ?
- Seule l'âme de Zeus y repose. Si le bourgeon est détruit l'âme circulera instantanément vers un autre endroit du chêne et nous nous perdrions en d'interminables recherches avant de découvrir le nouveau bourgeon. En ce lieu Zeus est le plus concentré, et le plus réceptif.
- Pourquoi cette mascarade ? fulmina Hadès. Zeus est-il si lâche qu'il n'ose pas se présenter à moi ? Faut-il que je réduise son chêne en cendres, que je disperse Jupiter ? Allons mon frère, vas-tu répondre !
- Hadès, vous n'avez pas compris, reprit Shiryu. Zeus dort.
- Il… dort ? Quelle ironie. Le sort de l'Olympe se joue à l'instant et Zeus dort !
- Depuis longtemps, trop longtemps. Je l'ai prié sans cesse depuis mon accession aux Cieux. Rien ne semble affecter son esprit ensommeillé.
- Qu'il ne réponde pas à un ange, je le conçois aisément. Mais il ne pourra rester sourd à un dieu, il entendra Hadès, et il se lèvera s'il tient encore à se rebeller contre le Destin. Profite de ton sommeil, cher frère, l'instant approche où tu ne pourras plus fuir.


Hadès s'assit en tailleur face à Shiryu. L'ange et le dieu cernaient en silence le bourgeon de Zeus. Shiryu reprit ses prières. Hadès se lia à l'univers pour ressentir l'énergie de Gaïa. Il visualisa la Terre puis jeta son regard bien plus profondément.


Dans les cieux, la constellation des Poissons s'effaça lentement, rendant à l'espace sa parfaite obscurité.





Altaïr resta un instant allongé, les yeux vers le ciel. Meurtri par l'assaut de Tito, il mit son temps de repos à profit pour méditer afin de guérir ses plaies. La puissance de l'attaque avait brisé arc et flèches, fait voler plumes et bandeau. Le vent jouait sur sa peau nue. Aucune armure ne cachait à ses sens le souffle de Gaïa.


Son regard se porta vers le Parthénon. Tito s'en approchait, et aux cosmos disparus d'Aphrodite et de Thanatos, Altaïr savait la statue d'Athéna vulnérable. D'un bond il reprit son ascension. Il plongea dans le temple du Lion, présageant déjà sa sortie, mais son élan fut brisé. Il s'arrêta, s'agenouilla et contempla la dépouille mortelle d'un ange. Ses cheveux bleus cachaient à peine une cicatrice entre les yeux. Un sourire discret parcourait ses lèvres. Altaïr hésita à fermer les paupières d'Ikki, mais il y renonça. Pourquoi priverait-il le Phénix des lumières de Gaïa ?


La cause de sa mort ne faisait pas de doute pour Altaïr. Si la haine avait fait naître Ikki, seul l'Amour pouvait l'éteindre. Mais c'est seul qu'il demeurait dans sa dernière demeure. Personne à son chevet ne pleurait la disparition d'un être d'exception. " A vivre loin du monde, on meurt en solitaire " pensa Altaïr.


L'Indien reprit sa course. Les ailes du vent l'accompagnèrent dans sa fulgurante ascension. Il traversa les maisons, le Parthénon puis fondit sur la terrasse surélevée. Il y découvrit l'Erechthéion lévitant au-dessus de l'imposante statue d'Athéna, et aux pieds de celle-ci, Tito déployait déjà une vive cosmo-énergie.


L'Indien frôla Tito pour le dépasser. Le Lynx sentit le vent et balaya l'air de ses griffes. Altaïr les évita de justesse, devança Tito et se plaça entre Athéna et lui.


La contemplation de la liche paralysait le regard d'Altaïr. Il restait figé devant le squelette de l'homme-animal amputé du bras gauche. Comment y retrouver Tito ? Au fond de ses orbites vides luisaient d'inquiétantes lueurs rouges. Des reflets cristallins traversaient les améthystes de son front et de sa crinière. A sa haine humaine se joignait la menace d'une mâchoire de félin. Ses griffes ouvertes appelaient au massacre.


Altaïr se convainquit de bien avoir affaire à Tito, puis parla.


- Tu ne souhaites tout de même pas sincèrement détruire la statue d'Athéna, Tito. Tu as entrevu comme nous les vertus de la paix, le réconfort de l'entraide, le pouvoir de l'amour. Tu voudrais aujourd'hui effacer, oublier, renier toutes ces beautés à cause de ta seule souffrance ?
- Que sais-tu de ma souffrance, misérable tas de chair ? Je suis pétri de haine, nourri d'hypocrisie et de mensonge. Et tu me voudrais saint ?
- L'affliction n'a épargné aucun d'entre nous, rétorqua Altaïr.
- Bien sûr, et j'imagine que tous ont vu leur père mourir sous les coups de leur mère. Chaque frappe ébranlait mon esprit pour ouvrir les failles béantes de la douleur. L'éducation du meurtre, en somme. Et je l'ai reproduit, en enfonçant mon poing jusqu'au cœur d'Elsighorn. J'ai tué mon seul ami et traumatisé à vie la femme que je croyais aimer. Quelle illusion, quelle foutaise que tous ces sentiments. J'aurai dû savoir alors que je n'étais pas fait pour être l'un des vôtres. Mes combats contre toi et Shiryu en étaient la preuve, le témoignage supplémentaire de mon malaise. Au lieu d'accepter la noirceur qui m'habitait, je croyais briller parmi votre foi si solide. J'ai retrouvé mes ténèbres en partie à ma mort. Ah oui, comme vous avez su défendre ma vie contre Thanatos. Pauvres spectateurs passifs que vous étiez, agneaux de la Mort en glorifiant Athéna. Quelle splendeur que la chevalerie, quel zèle à dispenser la justice… Et vous vous demandiez encore pourquoi j'étais si silencieux, si mystérieux. Quel intérêt de se mêler à vos futiles babillages garnis d'hypocrisie ? La mort me convenait, je pensais ne pouvoir trouver pire, et pourtant… Prisonnier oublié, j'ai assisté à la putréfaction de mon corps à laquelle répondait le palissement de mon âme. De quelle amitié vous vantiez-vous pour être ainsi indifférents à mon sort ? J'ai pourri seul. Alors seul j'agirai désormais, et j'ai choisi ma cause : mettre un terme à vos philosophies mensongères. Allez Altaïr, homme de chair, saint de cœur, montre-moi un peu ce que t'inspire Athéna, démontre-moi les vertus du partage puisque tu sembles en faire tes armes. Et dis-moi en retour quelle sensation tu vis lorsque tes chairs se déchireront. Agonie Sanglante !


La liche agita les griffes de son unique bras en une lente ondulation. Une pluie diluvienne de lames acérées se précipita sur Altaïr. L'Indien fit un bond pour se mettre hors de danger. Ce fut un répit de courte durée. Des airs naissaient autant de griffes, de la Terre jaillissaient autant de lames. Altaïr volait en saccades telle une lumière émancipée. Il connaissait les attaques de Tito pour les avoir subies, désormais il savait les déchiffrer et les éviter. Son vol le portait toujours plus haut, semant une à une les griffes du Lynx.


- Qu'importe, siffla Tito, ce n'est pas pour toi que je suis là.


La liche réorienta son assaut contre la statue d'Athéna. Les plis de la robe se déchiraient déjà. Tito balayait la base de la statue pour la réduire en miettes.


"Non !" cria Altaïr. Son instinct l'emporta sur sa réflexion. Il fondit sur la liche, concentra dans son poing une énergie lunaire qu'il libéra sous forme d'hémisphère luminescente. La lumière de la lune appela celle du soleil. Dans l'aura blanche serpentèrent des veinures dorées, et lorsqu'elles atteignirent le flanc droit du Lynx, les os de l'épaule, du bras et de la jambe se disloquèrent sous l'intensité lumineuse.


La statue d'Athéna ne tenait plus debout que par un mince pont de marbre. Son tremblement avait cessé et elle semblait conserver l'équilibre, cependant tout nouvel assaut pourrait confirmer sa chute.



Zeuxis et Neferia se retrouvèrent au creux du rempart effondré, là où reposait encore la sueur divine de la Guerre.


- Comme c'est calme, dit l'Egyptienne. Je ne me rappelle pas avoir connu le Sanctuaire aussi silencieux. Est-ce terminé, Zeuxis ?
- Loin de là, hélas. Ne sens-tu pas le trouble au sein du Sanctuaire ? Mes doutes ont été levés en ressentant le cosmos infiltré dans le Sanctuaire. Ne me demande ni comment ni pourquoi mais Tito est revenu et n'est plus un allié.
- Tu n'es pas sérieux ! s'exclama Neferia.


Le regard du Cancer la convainquit pourtant. Zeuxis serra les dents. Tito… Alors tu n'es pas mort. J'en serais heureux si je n'étais pas sensible à l'altération de ton cosmos…


- Qu'attendons-nous ? s'écria Neferia. Allons-y !
- Ton agitation obstrue ta vision. L'un des nôtres est déjà face à lui. Altaïr l'a rattrapé et protège Athéna.
- Tu veux dire… que tu lui fais confiance ?
- Disons que je le couvre pour lui permettre de se battre en paix, si tu me permets l'expression. La menace diffuse que je ressens n'était ni Tito ni Deimos. Il y a autre chose, je le sens bourgeonner. Un danger indicible et oppressant dont la naissance approche. Si nous laissons d'autres ennemis pénétrer au Sanctuaire, Altaïr sera submergé et Tito prendra l'avantage. Alors employons-nous à repousser l'envahisseur.
- Bien, Zeuxis, j'ai confiance en tes intuitions. Je reste avec toi.


Le soleil se couchait. Zeuxis se tourna vers l'horloge du Sanctuaire. Seule la flamme des Poissons luisait encore. Il restait moins d'une heure à Athéna pour revenir. Il leur fallait tenir une heure.


En prévision de la guerre, le vizir Rekhmirê avait contacté les différentes provinces afin d'en appeler aux meilleurs guerriers et aux prêtres les plus éclairés d'Egypte. L'évocation de l'éveil de Neferia attira nombre d'entre eux vers leur pharaon. A Deir el-Bahari se mêlèrent en continu clameurs guerrières et chants mystiques, jusqu'au départ vers Athènes. Maintenant au pied du Sanctuaire d'Athéna, Rekhmirê organisait les prêtres rescapés des naufrages.


- Zeuxis, regarde ! prononça Neferia d'une voie tendue.


La plaine couverte d'hémoglobine frémissait. Le sang des hommes se mit à bouillir, libérant des odeurs insupportables. Une épaisse fumée s'élevait de la terre. En cette brume sanguine se condensa une silhouette à la crinière rouge. A sa suite se levèrent des dizaines d'autres sangs vaporeux condensés en corps ailés et armés. Ils apparaissaient dans des plaintes pitoyables, comme pour narguer leurs adversaires en leur présentant ce à quoi ils seront bientôt soumis.


- Enyo et les kérès !(6) prévint Zeuxis. L'armée surprise d'Arès, trouvant son terreau parmi le sang des morts.
- Priez ! exhorta Neferia à son armée.


Dans l'instant les prêtres désignés par Rekhmirê s'agenouillèrent et entamèrent leurs prières. Ils insufflaient par leur chant apaisant une sérénité menant à la paix intérieure. Chaque égyptien s'en nourrissait, s'en fortifiait, devenait imperméable aux désirs, insensible à la guerre. Les kérès ne parvenaient pas à approcher les prêtres. Un halo paisible les entourait et prévenait toute intrusion délétère.


Les prêtres encore debout se rejoignirent en groupes et invoquèrent leurs dieux. Foudres, rayonnements solaires, nécroses naissaient de leurs mélopées. Les kérès succombaient une à une sous la foi égyptienne et le support des dieux. Leur sang chutait au sol en flaque visqueuse. Peu à peu l'hémoglobine se réchauffait, le sang devenait vapeur et de nouvelles kérès reprenaient le chemin des airs.


Les guerrières volaient au-dessus des prêtres et faisaient choir sur eux des gouttes de sang. Un des hommes en fut déstabilisé. Sa prière cessa une seconde, un canal se présenta à une kérès qui fondit sur l'homme à l'esprit ouvert. Elle déchiqueta son âme et prit possession de son corps. Alors naquit entre ses mains une épée de sang qu'elle mania sans attendre pour décapiter plusieurs priants. Un prêtre se résolu à tuer son compagnon envahi par la guerre. Sous une gerbe de flammes la kérès incarnée s'effondra. Cependant le meurtrier du prêtre s'était laissé envahir par la culpabilité, ainsi à son tour ses prières furent imparfaites et laissèrent pénétrer une kérès jusqu'à son âme. De nouveau il fut assassiné par un pair, de nouveau le coupable fut victime d'une kérès. Cela pouvait durer jusqu'au dernier des prêtres, de plus la concentration générale vacillait sous la mort des leurs.


Rekhmirê les exhorta à la respiration, au calme et à la confiance à travers la foi. Il lui incombait ensuite de rétablir l'équilibre. Le prêtre envoûté lançait son épée dans un jeune homme lorsque Rekhmirê planta son sceptre dans le cœur de l'assaillant. Le vizir sentit bien vite sa culpabilité le gagner. Il y était d'autant plus perméable qu'il ne se voilait plus la face depuis l'avènement de son pharaon. Elle lui avait montré combien la mort était condamnable, ainsi cet enseignement fut-il la graine de raison qui permettait maintenant à une kérès d'envahir Rekhmirê. A l'arrivée de la déesse guerrière, le vizir saisit une dague et la logea dans sa gorge. Rekhmirê vacilla, chuta. Son corps inerte ne permettait plus à la kérès de l'habiter. Sans protection organique elle fut prise entre les litanies des prêtres, dissipée parmi la sérénité humaine retrouvée.


Hors de danger, les prêtres recouvrirent un calme parfait source d'une aura inexpugnable.


Dès que Neferia s'élança vers Enyo, les flots marins engendrèrent une puissante vague. L'eau enfanta alors l'armure du Dauphin. L'habit sacré se scinda, les pièces argentées vinrent couvrir Neferia. Elle perçait les airs comme le Dauphin fend les eaux.


Elle ramena un coude face à elle pour présenter à Enyo une nageoire aussi acérée qu'une lame. Elle l'abattit contre la déesse, générant une entaille lui permettant d'assiéger et déchirer le corps d'Enyo. Neferia la traversa comme elle eut glissé dans la brume. Le sang vaporeux se dispersa sous l'assaut pour reprendre forme immédiatement. Telle une multitude d'étourneaux aux mouvements imprévisibles Enyo recevait les coups de Neferia en se disséminant un instant. Les coups du pharaon s'épuisaient dans les airs sans l'inquiéter.


Les griffes du Cancer déchirèrent les airs jusqu'à faire saigner l'atmosphère. Le sang du ciel se changea alors en autant de flèches pourpres. "Sanguine !" clama Zeuxis. Les traits continus fusaient vers Enyo et franchissaient sans ralentir l'hémoglobine éparse. Sous les griffes de Zeuxis les airs généraient des sérums de différents groupes sanguins. L'idée était d'en dénicher un incompatible avec celui d'Enyo afin de l'affaiblir de l'intérieur. Mais la déesse guerrière connaissait l'ensemble des sangs, avait goûté à chacun et se les était tous approprié. Quelle qu'elle soit, l'hémoglobine la nourrissait, la densifiait. Zeuxis cessa son attaque.


La déesse se mit à rire devant l'affligeante inefficacité des saints.


- Est-ce là tout ce que vous pouvez libérer ? Est-ce là tout ce que la Guerre vous a appris ? Misérables élèves, vous êtes si risibles, tellement dérisoires… Vous avez besoin d'un maître et j'ai une leçon à vous apprendre.


Enyo fondit sur Neferia. L'hémoglobine se projeta contre le corps mortel. L'Egyptienne et son armure se trouvèrent totalement ensanglantés. Son visage, ses bras, ses cheveux, sa bouche, l'argent de son armure, tout était couvert d'un sang épais et opaque. L'armure du Dauphin se disloqua sous l'acidité. Enyo prit possession du corps de Neferia puis dissimula sa conscience pour se l'approprier.


Elle plongea son regard rouge dans celui de Zeuxis, une main avancée qu'elle ouvrait et fermait en signe d'invitation. Prise de ricanements sadiques, Enyo défiait Zeuxis.


- Viens frapper ton amie si tu l'oses, lança-t-elle.
- S'il ne tient qu'à cela de la libérer…


Les poings du Cancer s'abattirent sur le visage de Neferia. Tout en frappant, Zeuxis lui hurlait de se réveiller, de chasser l'emprise de la guerre. Enyo laissait le corps féminin sans défense afin que chaque coup affaiblisse d'autant plus l'Egyptienne. Zeuxis cessa, comprenant la vanité de l'assaut.


- Pas terrible pour un chevalier d'or, nargua Enyo. Et veux-tu savoir pourquoi je vous méprise tant, toi et ton amie ? Parce que vous ne connaissez rien à votre propre force. Vous êtes pitoyables car ignorants de vos capacités illimitées, de votre communion avec le cosmos. Regarde un peu ce que ta Neferia aurait dans le ventre si elle s'en donnait la peine.


Enyo lut en Neferia la dévotion pour Athéna et l'exalta en y ajoutant foi, force et détermination, toutes prélevées en l'Egyptienne. Un cosmos océan illuminé de soleil perla autour d'elle. Du temple des Poissons jaillit un éclat vif. L'or d'un pont de lumière joignit le temple et Neferia. L'armure des Poissons glissa parmi ce rayonnement, vint tourner autour d'elle avant d'éclater pour épouser son corps.


Enyo découvrit parmi la mémoire de l'armure une attaque intéressante. Elle agita doucement les bras, imitant les ondoiements de vagues. Puis elle s'immobilisa progressivement. Ses lèvres bougèrent à peine lorsqu'un souffle s'en exhala : "Abysses"


Zeuxis fut immédiatement entouré d'une large sphère aqueuse. Il tenta d'en percer l'épaisseur. Les premiers mètres furent aisés, chargés de gouttelettes, mais à mesure de l'avancée l'eau se compactait, se densifiait pour générer une pression de plus en plus importante. Zeuxis parvint à ses limites, il céda, la pression abyssale le propulsa de retour au centre de la sphère. Le Cancer tentait de nouvelles percées, il avançait chaque fois un peu plus loin avant d'être rejeté, mais l'issue lui semblait si lointaine. Et la sphère se réduisait chaque instant, concentrant la pression sur Zeuxis au centre de la prison.


La sphère se résorba jusqu'à devenir une boule, puis un point, puis plus rien. Enyo rit :


"Voilà au sens propre comment se faire atomiser. Pas mal Neferia, c'est une belle attaque. Alors, c'est bon de tuer un proche, tu ne trouves pas ?"


- Tu parles un peu vite, dit Zeuxis qui venait de réapparaître.
- Tu es vivant ! C'est impossible, tu ne sais pas te téléporter.
- En effet. Mais je dispose d'une échappatoire, annonça Zeuxis en levant son index.
- Je vois… Les Cercles d'Hadès vers le Yomotsu Hira. La prochaine fois que tu t'y enfuis, je t'accompagne.





A terre, Tito ne disposait plus que de sa jambe gauche. Plutôt que se débattre en d'inutiles gesticulations, il se contenta de chercher le regard de l'Indien.


- Te voilà enfin capable d'attaquer un frère, Altaïr. Seras-tu aussi capable de m'achever ? Toi qui n'as tué aucun homme, pourras-tu entacher ton âme avec mes restes inertes ? Je ne le pense pas.


En effet, Altaïr hésitait. Malgré l'apparence physique, il reconnaissait Tito en la souffrance qu'il émanait, et il ne parvenait pas à le condamner pour l'extériorisation de sa haine. Victime des circonstances, l'âme curieuse de Tito s'était fanée au profit d'un cœur glacial. Cependant Altaïr conservait la conviction qu'il était possible de ranimer les braises de sa beauté, les fleurs de sa conscience. Mais comment exposer la paix à un lynx en furie ?


- Pourquoi t'achèverais-je ? interrogea l'Indien. Tu ne me sembles guère en état de te battre. Je préfère profiter de te retrouver, Tito. Je désire te parler, te comprendre, et t'aider à ne plus souffrir.
- Encore des délaiements. Quand comprendras-tu que la force prime toujours sur les sentiments ? Tu viens de faire une erreur en ne m'achevant pas, et je vais t'en fournir la preuve dès maintenant.


Les os broyés de la liche se reconstituèrent. Seul son bras gauche restait absent, irrémédiablement brûlé par le poison des amazones. Tito se releva, avança ses griffes en signe de défi et lorgna Altaïr d'un regard sans émotion.


Détruire le corps d'une liche demeurait inutile tant que persistait son phylactère, cristal de régénération. Mais quel était le phylactère du Lynx ? La pierre enchâssée dans son front ou l'une de celles constituant sa crinière ?


"Nécrose !" lança Tito.


Altaïr se sentit fébrile. Son corps en alerte lui criait au secours. Ses chairs se flétrissaient à grande vitesse. La noirceur de Tito envahissait le crâne d'Altaïr, elle cherchait les zones contrôlant le corps et leur imposait la destruction cellulaire. L'Indien dut rassembler l'intégralité de sa concentration pour ne pas céder à l'influence délétère. Par de grandes inspirations il nourrissait son corps et son esprit. Il parvint de la sorte à se fondre dans un calme salutaire.


"Agonie Sanglante !"


L'étreinte de la nécrose se dissipa lorsque les griffes atteignirent Altaïr. Incapable de contrer il reçut l'attaque de plein fouet. Il fut projeté contre la statue d'Athéna qui vacilla un instant. Les chairs lacérées d'Altaïr le brûlaient, les chocs l'avaient presque sonné. Il se releva avec peine, avança de quelques pas pour se repositionner entre Tito et la statue d'Athéna, puis adopta une position de défense.


- Je ne te frapperai plus, Tito. Mais tu ne passeras pas. Tu finiras bien par voir qu'au nom de leurs idéaux les hommes peuvent toujours se relever tant que subsiste la flamme de la vie. Attaque autant que tu le voudras, tu n'avanceras pas avant ma mort.
- Ta vie est un détail que je vais écarter. Et si tu comptes en me l'offrant m'ouvrir à la beauté d'un sacrifice, tu te trompes. Vas-tu réaliser que Tito est mort, enfin ? Puisque la voie du sang est mienne, je la mènerai jusqu'à son terme. Que le Destin m'en empêche s'il existe. Et s'il existe, je saurai lui faire payer de m'avoir affublé d'une telle vie. Oh oui désormais je me plais dans ma mort, je m'y sens bien. Finalement ces épreuves n'ont fait que me libérer. Je suis nu, je suis libre. Je ne sers aucun dieu, je ne crois plus qu'en ma cause et vaincrai Athéna.
- Tu ne souhaites ni pouvoir ni domination sur les hommes ?
- Je désire simplement vous détruire. Appelle cela comme tu veux.
- De la haine aveugle.
- Certes. Agonie Sanglante !


Esquiver l'assaut de Tito livrait Athéna à la chute. L'Indien resta donc sur la trajectoire et encaissa les griffes en détournant les plus dangereuses. Tito déployait un cosmos de plus en plus intense. Ses coups incessamment enchaînés gagnaient en force. De larges morceaux de chairs d'Altaïr s'arrachaient sous les déchirures des griffes. Ses muscles mis à nu continuaient à se tendre pour limiter les impacts. Un éclair se fraya un chemin entre les mains d'Altaïr et vint ravager son épaule droite. A ce rythme son corps ne tiendrait pas longtemps.


Son effondrement marqua la fin de l'assaut. Prostré, il recherchait d'introuvables forces pour se relever. Les yeux fermés, Altaïr s'abandonna au noir de ses pensées. A lui seul il ne disposerait pas assez longtemps d'énergie pour contenir de telles décharges de haine.


"Tu n'es pas seul…" murmura une voix. Dans la pénombre apparut la silhouette d'Oisin.


- Rappelle-toi ton propre enseignement, Altaïr. Cette phrase a été une telle source d'inspiration pour moi, si tu savais… Grâce à elle je ne vous ai jamais quitté.
- Mitakuye Oyasin… susurra Altaïr comme une invocation.


Oisin acquiesça dans un sourire. D'un geste de la main il invita son ami à ouvrir les yeux. Au-dessus d'Altaïr et Tito, l'Erechthéion était devenu le théâtre d'un spectacle fabuleux. Entre les caryatides jaillissaient les chevaliers du passé. Les armures d'Athéna illuminaient les alentours. Les saints nés d'un songe volaient dans les airs en direction de la plaine où les combats faisaient rage. Altaïr contempla nombre d'armures, de visages inconnus. Leur manifestation lui rappela combien lourde était sa responsabilité. Dernier rempart devant Athéna, l'Indien voyait déposer sur ses épaules les incessantes victoires des chevaliers. Il portait aujourd'hui le poids d'un tel passé glorieux, et le sacrifice de ses amis.


Zeuxis sentit une puissance cosmique anormale émaner de l'Erechthéion. Il vit jaillir du temple les apparitions de dizaines, de centaines de chevaliers. Des saints d'or, d'argent et de bronze, de toutes les époques. Chaque chevalier parcourait les airs, concentrait son cosmos et lançait ses attaques contre des adversaires imaginaires.


Le Cancer comprit qu'il observait des souvenirs dont la présence, si elle ne constituait un renfort physique, apportait toutefois l'inspiration d'une éternité de héros. Aujourd'hui chevalier d'or, il revenait à Zeuxis de repousser les forces maléfiques.


Profitant de l'inattention de son adversaire, Enyo dansa autour de lui pour le lacérer grâce aux reliefs de son armure. Le saint tentait désespérément d'atteindre les pensées de Neferia. Il y jetait son esprit mais Enyo formait un voile sur la conscience de l'Egyptienne. Aucun mot ne l'atteignait, aucune image à en croire l'impassibilité de Neferia devant la mémoire des chevaliers. Elle était devenue insensible aux couleurs de la vie. Insensible à la douleur et la raison, recouverte du sang de la guerre. Insensible…


La solution apparut à l'esprit de Zeuxis. Il encaissa encore quelques coups avant de réagir vivement. D'un geste aussi brusque que soudain il écarta les bras de Neferia, la maîtrisa et embrassa ses lèvres. La douceur de Zeuxis glissa en ce baiser la tendresse d'un ami.




Aucunement préparée à une telle sensation, Enyo ne trouva pas immédiatement comment contrer cette émotion. Le baiser se fraya un chemin jusqu'à la conscience enfouie de Neferia. Un battement de cœur éclaira ses pensées. Le sang s'écarta un instant de ses yeux, de son corps. Neferia semblait sortir d'un rêve, réalisant à peine où elle se trouvait et ce qui se déroulait autour d'elle. Elle voyait le visage de Zeuxis, des chevaliers défiler dans les cieux, et elle se sentait sale, terriblement lourde et fatiguée. Ses yeux se refermaient lentement, irrépressiblement repoussée vers son inconscience. Enyo la submergeait de nouveau.


Zeuxis fut subitement alerté par son intuition. Son regard se porta sur l'horloge du Sanctuaire. Derrière le drapé des nuages bas, la dernière flamme vacilla. La lueur des Poissons faiblissait, elle perçait à peine les nuages, jusqu'à ce qu'un souffle la dissipe.


"Neferia ! hurla Zeuxis, enflamme ton cosmos ! Brûle une aura océane ! Entends-moi, Neferia ! Illumine-toi !"


Enyo esquissa un sourire moqueur bien vite terni par une désagréable sensation. Un cosmos s'exhalait du corps de Neferia, perçait l'hémoglobine d'Enyo pour jaillir alentour. Un embrun invisible cernait le costume de sang.


"Floraison spirituelle…" invoqua Zeuxis. Ni griffe, ni pinceau. Zeuxis dansait. Son corps se déplaçait avec grâce, ses mouvements délicats répondaient à l'extase d'une communion avec son armure zodiacale. Il sentait le soleil lové en son habit, cette lumière céleste dont son âme est gorgée. Et ses yeux perdus vers le ciel lui montraient des chevaliers d'or tels des étoiles au cosmos merveilleux, intense et infini. En osmose avec le Cancer, Zeuxis flamboya. Une aura d'or se répandit autour de lui, porteurs de rayons solaires. Les rais de lumière échouèrent parmi les gouttes océanes de Neferia. La lumière s'y diffracta et de chaque mariage d'un rayon et d'une goutte naquit un arc-en-ciel. Le cosmos du Cancer mêlé à celui des Poissons engendra ainsi une multitude d'arcs dont les différentes couleurs imposaient au sang des réactions diverses. Incapable de s'adapter à une telle diversité, à une telle complémentarité et omniprésence des assauts colorés, Enyo ne sut plus quel état prendre pour échapper aux rayonnements. Le sang sécha par endroit, se liquéfia à d'autres ou bien se sublima. Des bribes d'Enyo s'effondrèrent au sol tandis que d'autres ruisselaient sur les jambes de l'égyptienne.


Enyo éteinte, les kérès la suivirent dans sa chute. Leur sang se répandit sur les prêtres en une pluie macabre.


Neferia mit genoux à terre, éreintée. Elle découvrit avec surprise ses bras, son corps couverts d'or. L'armure des Poissons !


- Comment te sens-tu ? se précipita Zeuxis.
- Comme un réceptacle de choix pour les immortels, répondit-elle en se relevant.
- Enyo a la capacité d'extraire de nous la quintessence de notre force. Elle a lancé une attaque sous le signe des Poissons lorsqu'elle te contrôlait : 'Abysses'. Saurais-tu la retrouver ?
- Avec le concours de tes dons de divination, certainement.
- Enyo pourrait m'envahir tout autant. Dans ce cas…
- J'aviserai, coupa Neferia. Enyo n'est donc pas vaincue ?
- Non, répondit le Cancer d'une voix sombre. Tel le Phénix renaît de ses cendres, Enyo et les kérès renaissent de leur sang. Regarde, il se regroupe déjà, elles se relèveront bientôt.
- Alors nous combattrons encore, et nous vaincrons de même.



Face à la liche, malgré la force inspirée par le souvenir des saints, Altaïr ne tiendrait plus longtemps. Tito, lui, disposait de l'éternité et d'une force renouvelée. Devait-il alors tuer Tito en sacrifiant son innocence pour le salut d'Athéna ? Non. Il pouvait, il devait concilier les deux. Ne pas s'entacher de la culpabilité du meurtre de Tito pour pouvoir l'affronter en âme et conscience, éternellement s'il le faut. Jusqu'à ce que Tito se lasse, qu'il comprenne l'absurdité de ce combat. Alors seulement Altaïr aura honoré Athéna et ses propres principes par l'atteinte de la paix.


Par de lents et pénibles mouvements, Altaïr se releva. Il riva ses yeux dans les orbites du Lynx et demeura ainsi, mains en avant et paumes ouvertes, aussi immobile que la surface d'un lac sans vent.


"Avec toi, Altaïr" dit une voix derrière lui. "Avec toi" répétèrent en chœur d'autres voix. Quatre hommes, souvenirs descendus de l'Erechthéion, s'avancèrent aux côtés d'Altaïr. Oisin, Maui, Bayer et Myrddin inclinèrent la tête en signe de leur soutien. Leurs cosmos s'élevèrent pour se joindre au-dessus d'Altaïr et fondre sur lui en une rivière brumeuse et chatoyante.


Tito n'en fut pas impressionné. Au contraire la vue des saints fantomatiques stimulait sa hargne. Dans un râle il attaqua, cernant l'Indien de milliers de lames immédiatement projetées sur lui. Elles traversaient ses chairs, pourtant dès qu'elles franchissaient son corps une plume se joignait à la griffe et la projetait aléatoirement dans les airs, préservant la statue. Les myriades de griffes généraient à travers Altaïr des envolées de plumes lancées autour d'Athéna ; ballet aérien chargé de blancheur, de douceur, substituant caresses aux déchirures.


- Tu m'obliges à improviser. Bien. N'oublie pas que je suis liche désormais, donc un peu magicien. Voyons ce que tu fais contre ça : Faucheuse !


Une tornade noire s'éleva devant l'Indien. L'eau se sépara subitement de toute matière solide. Cette dernière se rassembla en un tas d'os. L'eau se condensa en faux. Les os portés par une énergie sombre s'organisèrent tel un squelette humain dont la main saisit la faux, la brandit puis l'abattit sur le cou d'Altaïr.


Une plume vola.


Ce fut au tour du Lynx de rester le regard perdu sur Altaïr. La Faucheuse l'avait décapité, aussi assurément que les griffes l'avaient auparavant pénétré, pourtant Altaïr restait debout. A mieux observer le visage meurtri, Tito comprit enfin. Aucun coup n'affectait plus l'Indien car il était déjà mort. Seule son âme lui faisait face, perdurant en ce monde par la mémoire libérée des chevaliers.


- Tu n'es plus qu'un souvenir, Altaïr. Et s'il faut pour te le prouver effacer jusqu'à ton âme, j'ai les armes qu'il faut.


Tito s'apprêtait à brûler son cosmos, pourtant il s'en abstint. Une intuition désagréable. Les nuages ne bougeaient plus. Le vent avait cessé. Il n'entendait plus les combats dans la plaine. Pas un bruit, pas un souffle. En réalité, il n'entendait plus rien.


Bayer, Maui, Oisin et Myrddin disparurent sous la couverture de silence. Sans un son, l'âme d'Altaïr se dissipa.


A l'instar de Tito, Zeuxis et Neferia furent paralysés par l'absence totale de son. Sur la plaine, le sang ne bouillait plus. Enyo et les kérès avaient sombré dans l'oubli, écrasées par le silence. Rien dorénavant n'était perçu sinon ce calme pénétrant. La Terre demeurait silencieuse, immobile, sans un souffle.





Perdus dans une profonde obscurité, Asae et Sheliak se discernaient à peine. Parmi leur étreinte, leurs visages se firent face. Les respirations mêlées baignaient leurs âmes d'une paix intemporelle, chaque inspiration prenait la mesure d'un désir d'éternité.


- Tu es… mon fantasme, ironisa Athéna.
- Tu es ma Muse, susurra Sheliak.
- Ainsi l'onirisme nous unit autant qu'il nous sépare. Ne nous sera-t-il jamais permis de nous aimer sous la lumière ?
- Tu es femme d'été, je suis homme d'hiver.
- Frémissons d'inconnu, enflammons nos contraires.
- Parmi tes bras, pris en tes yeux,
- Au sein d'un monde merveilleux.


Après un silence où ils s'enserrèrent, Sheliak conclut :


- Je nous le souhaite.


Il esquissa un sourire puis écarta délicatement Athéna de son corps. A l'instant où leurs épidermes perdirent contact le sol se mit à trembler. Déchirant l'obscurité d'une triste noirceur, l'arche des Enfers sortit de terre. L'édifice imposant annonçait en lettres péremptoires : " Vous qui entrez ici, laissez toute espérance. "


- Reste avec moi, dit Athéna en prenant la main de Sheliak.


Ensemble ils franchirent l'arche, le regard porté devant eux. Mais aucun ne vit assez tôt l'étincelle bien vite transformée en sombre éclat. A une vitesse déconcertante l'épée d'Hadès traversa les airs en ligne droite jusqu'au cœur de Sheliak. Le saint transpercé fut projeté au sol où la lame se ficha.


Asae plongea vers Sheliak en criant son nom. Elle soutint son dos et sa tête dans ses bras. Une larme vint fondre sur le visage du saint. La main portée sur la joue d'Asae, Sheliak caressait sa déesse. Un sourire résigné ornait son visage. D'une voix faible il chuchota : " Je ne suis qu'un rêve, mon aimée. "


Puis un chant évanescent scella les lèvres de Sheliak.

Athéna, à ton nom je vole avec espoir,
Vers un pâle destin, vers un horizon noir,
Où la mort éteindra mon corps et ma raison
Et où s'étouffera ma dernière oraison.



Les larmes d'Asae coulaient en rivière intarissable. Son imagination lui ôtait l'étreinte de Sheliak. Mais surtout, Athéna sensible aux étoiles avait senti l'extinction de la Lyre aux abords de Jupiter. Elle perdait Sheliak, et sa mémoire rejetait son souvenir.


Le saint disparut, laissant pour seule présence l'épée d'Hadès. Athéna se releva, emplie de haine envers Hadès. La déesse délogea l'épée du sol puis la brandit vers les profondeurs des Enfers.


- Dieu des Morts, tu me permets d'aimer pour reprendre l'élu de mon cœur ? Est-ce là le jeu sadique auquel tu aimes te livrer ? Les souffrances que tu infliges aux mortels trouveront bientôt un terme.


Athéna monta sur la barque de Charon sans même le regarder. " Mène-moi, nocher. " D'une geste timide, Charon avança sa main. Il hésita : " L'obole… ? " Athéna couvrit le nocher d'un regard aussi noir et froid que les profondeurs du Styx. Le spectre s'embrouilla, s'excusa en même temps qu'il tenta au plus vite de saisir sa perche pour lancer l'embarcation.


Les voiles déchirées battaient dans un son glauque. Les lacis empruntés par Charon étaient les mêmes que lors de la première visite d'Asae. Parfois la barque suivait l'élancement d'une chute qui plongeait dans une étroite galerie. Charon connaissait parfaitement les fleuves des Enfers, leurs raccourcis, les chemins secrets perdus au cœur de la Terre. Il manœuvrait avec grâce. Chaque stalagmite, chaque affleurement se voyait soigneusement évité, presque caressé. La vitesse mêlée à la dextérité grisait Charon. Stoïque, Athéna demeurait debout à la proue du bateau.


Ils finirent par accoster au pied d'une longue colline. A son sommet se devinait la silhouette fantomatique d'un édifice. Un temple détruit et abandonné. Une ruine. De rares colonnes tordues s'élevaient encore. L'obscurité leur donnait l'apparence de doigts crispés prêts à se refermer sur quiconque approcherait. Dominant la structure, l'esprit d'Hadès flottait au-dessus du temple. Aura opaque, incessamment variable, parmi laquelle nul contour humain ne se discernait.


Athéna serra la garde de l'épée. Lors de son ascension, son regard rivé sur Hadès fut détourné par des scintillements en contrebas de l'autre côté de la colline. Deux fleuves dont les fonds luisaient d'éclats de diamants se rapprochaient ou s'éloignaient à mesure de leur parcours. Parfois les eaux du Styx et du Léthé paraissaient s'embrasser, se mêler, ou se perdre.


Aux premières marches du temple, Athéna s'arrêta. L'esprit d'Hadès avait recouvert l'ensemble du temple. Les piliers disparurent sous son obscurité. L'âme ne laissait percer aucune lumière, et c'est en son sein qu'Athéna devait se rendre.


Elle avisa un moment l'épée puis la planta au sol. Il ne restait rien des peurs d'Asae. Sa révélation contre la dernière psychésyne lui permettait de se libérer de l'oppression de l'inconnu. Le rire de l'enfant dans le noir attisa de nouveau cette nécessaire curiosité pour entrer en un lieu l'esprit ouvert et prêt à recevoir ce qui s'y présente.


Athéna pénétra l'esprit d'Hadès.



Au cœur de Jupiter, Hadès se leva. Shiryu cessa ses prières et ouvrit les yeux. Il dévisageait le souverain des Morts, conscient qu'il s'apprêtait à écrire une page de l'histoire. Hadès parla :


- Ecoute bien, Zeus, je ne me répèterai pas. Sois attentif, car chaque seconde égrenée t'approche de ma victoire. Entends ce chant, souverain des dieux. S'il ne répond à ta Justice, il est celui de Vérité. Le Parfum d'Athéna...


Hadès ajusta la lyre, y plaça ses doigts puis ferma les yeux, porté par une inspiration millénaire. En attente des sonorités de la lyre d'Orphée atteignant jusqu'aux dieux, Zeus lui-même retint son souffle pour ne manquer aucun accord. Le vent cessa de balayer les branches du chêne. Peu à peu cette accalmie gagna les nuages de Jupiter qui se figèrent bientôt. Parcourue par cette onde aussi belle qu'irrépressible, l'espace devint à son tour silencieux.


Cernée de silence, Gaïa apaisa ses vents, les vagues de sa respiration, son agitation inhérente. La Terre se tut. Dans ce silence parfait, la sérénité envahit soudain les créatures terrestres. Chaque cri, chaque murmure perdit de son intensité, comme si une main géante avançait un lourd manteau sur ces animaux trop bruyants. Plus un ne bougea. Le silence pétrifiait le raffut stupide de ces hommes.


Tito retint son attaque. Neferia et Zeuxis se figèrent.


Plus une vibration. Rien.


Silence de Zeus, du Ciel et de la Terre.


La paix de Gaïa s'inséra en ses chairs, se diffusa lentement jusqu'à s'écouler aux Enfers. Le Styx et le Léthé ralentirent leur course pour rejoindre le silence omniprésent.


Dans l'esprit lénifié d'Athéna, la mémoire d'Hadès se calma, se figea en visage vaporeux. Emprunte de sérénité par cette paix inspirée, Athéna découvrit les yeux d'Hadès. Le regard ouvert sur son âme, le dieu offrait à la déesse une mémoire perdue.


- Hadès…
- Athéna !


Et de nouveau,

Silence.




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Note


(6) Enyo et les Kérès : Enyo dont le nom signifie "la belliqueuse" est la déesse de la Guerre qui hante les champs de bataille, couverte de sang les armes à la main. Elle fait parti du cortège des divinités guerrières comme les Kérès (divinités du meurtre et de la mort violente), qui accompagnent Arès lors des combats. (Source : Grenier de Clio)


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