Acte IV - Mitakuye Oyasin



Neferia et Sheliak se trouvaient au Cap Sounion selon les consignes de Poséidon. La mer calme emplissait la cellule dans laquelle autrefois Kanon fut enfermé par son frère Saga des Gémeaux. A chaque marée montante Athéna avait sauvé Kanon en le protégeant de la noyade. Lui qui serait à l'origine de l'éveil de Poséidon puis indirectement de l'envoûtement d'Hilda de Polaris, générant les guerres d'Asgard et des Océans, Athéna ne l'avait pourtant pas condamné. Saori alla jusqu'à accepter sa rédemption et l'accepter dans les rangs de la chevalerie devant la menace d'Hadès. Tout avait commencé ici, au Cap Sounion, et aujourd'hui Asae et Ki-lin s'y rendaient pour la première fois.


Sheliak s'agenouilla. A la surprise des arrivants, Neferia resta dressée, parée d'un pendentif ceignant un cristal d'orichalque dans lequel des vagues scintillaient sous l'éclat du soleil. Elle soutenait avec fierté le trident des Mers. Avec la voix de Poséidon, Neferia commença :


- Je te salue, ma nièce.
- Bonjour cher oncle, répondit Asae amusée. Dis-moi, depuis quand t'incarnes-tu en femme ?
- Je te rappelle que je sais apprécier la beauté féminine, Athéna… Et puis ça ne fait pas de mal de changer un peu, Neferia n'est qu'un corps d'emprunt de toute façon.
- Comment se porte ton royaume ?
- A merveilles. On se croirait presque en Olympe. Mais j'imagine que tu ne m'as pas convoqué pour conter fleurette. Tu as besoin d'aide n'est-ce pas ?
- En effet. Hadès menace les Cieux. Il en veut à la vie de Zeus, je dois lever mon armée pour lui fermer l'entrée du ciel ; cependant mes chevaliers sont trop peu nombreux. Tes guerriers seraient d'un secours majeur.
- Et bien… ce n'est pas si simple. Il n'y a plus de généraux. Les Ecailles des Mers reviennent désormais à mes enfants, les six rois et la reine d'Atlantide. Mon royaume repose sur leurs épaules, tu comprends donc que je ne peux te les confier sans prendre des précautions.
- Cela ressemble à un marché. Quelles sont tes conditions ?
- Chacun des rois gouverne une fraction de l'Atlantide. Sans eux je perds l'assurance de l'équilibre de mon peuple. Les placer entre tes mains inexpérimentées est donc un risque qui a un prix. Si mes fils meurent pour ta guerre, tu me cèderas les terres de l'ancienne ligue de Délos.
- Mais… Poséidon ! s'exclama Asae. La majorité de ces terres se situent en Turquie ! Et ce serait condamner le Sanctuaire.
- La Grèce ne m'intéresse pas. Je me contenterai des Cyclades et des côtes turques.
- Comment pourrais-je menacer des pays innocents ? De quel droit puis-je placer sur leurs têtes cette épée de Damoclès ?
- Du droit divin, Athéna. Tu es la déesse des hommes, tu protèges la Terre. Les dieux règnent et choisissent. Tant que tu ne l'auras pas compris ta faiblesse humaine t'handicapera.


Bien naturellement, Asae doutait. Si ses chevaliers parvenaient à contenir l'assaut des Enfers, les rois atlantes pourraient ne pas avoir à agir et ne rien risquer. Ils n'interviendraient de toute manière qu'en ultime recours, si la menace franchissait les portes du Sanctuaire.


Asae regarda Ki-lin. D'un signe de tête il lui fit comprendre la nécessité de ce pacte. La déesse observa ensuite Sheliak. Il la défendrait jusqu'à la mort, elle n'en avait aucun doute, pourtant l'idée de le voir disparaître lui était insupportable. Asae voulait presque l'éloigner des combats, lui dire de rester avec elle au Parthénon afin d'assurer personnellement sa protection, cependant ce rôle incombait au Grand Pope.


Sheliak leva les yeux vers son inspiratrice. Son regard de jeune femme perdu en des pensées indéchiffrables témoignait d'un esprit perturbé. Sa bouche muette paraissait vouloir articuler quelques mots sans en trouver la force. Elle voulait lui parler, à lui seul, mais son devoir de déesse lui interdisait de montrer son attachement à cet homme qu'elle ne connaissait pourtant pas. Sheliak la fascinait. Comment le découvrir, ce saint impénétrable dont seul une partie de l'âme lui fut dévoilée lors du Parfum de l'Automne, ce héros constamment hors de portée, voué à la protéger sans avoir le privilège de puiser en son affection un courage sans limite.


Asae détourna finalement les yeux et annonça :


- C'est d'accord.
- Tu prends une sage décision, Athéna. Que les rois atlantes se prosternent devant toi ! J'en appelle à vous mes enfants, Atlas de Chrysaor, Ampheres de Kraken, Elasippus de l'Hyppocampe, Evaemon de Sirène, Gadeirus de Scylla, Mestor des Limnades et Mneseus du Dragon des Mers.


Des eaux du Cap Sounion surgirent sept cosmos bleutés qui prirent forme devant la déesse de la guerre. De rares nuages promenaient leurs ombres sur les Ecailles humides des Atlantes. Chacun d'eux possédait une cape azurée merveilleusement accordée aux teintes orangées de leurs armures et aux lueurs ocres de leurs yeux. Prosternés devant Athéna, leur ascendance divine leur conférait un charisme indubitable. Pas un sourire, pas une parole. Une mission les liait à un sanctuaire étranger, ils l'accompliraient, certes, mais ne chercheraient aucunement à se lier aux chevaliers.


Poséidon informa qu'ils ne parlaient que le langage atlante, or jadis les continents de Mû et de l'Atlantide nourrissaient des relations amicales et connaissaient parfaitement leurs langues respectives. Ce savoir fut transmis de génération en génération, ainsi Ki-lin grâce à l'apprentissage de Mü se trouvait en mesure de communiquer avec les rois.


Lorsque l'esprit du souverain des Mers quitta le corps du Dauphin, Neferia s'évanouit. Sheliak la hissa sur ses épaules, lançant un regard accusateur au Grand Pope qui ignora la réprimande muette du chevalier. Ils regagnèrent le Sanctuaire dans une ambiance morose.





L'aréopage. Colline où des siècles auparavant, les chevaliers d'or armés des armes de la Balance parvinrent à repousser Arès. Le sang du dieu de la guerre s'était répandu sur la terre comme un poison, et depuis ce jour, plus une fleur ne poussait sur ce sol maudit.


Myrddin d'Avalon y avait convoqué les chevaliers d'argent. Devant les dangers à venir, Altaïr fut sacré protecteur d'Athéna. Il faisait maintenant partie des saints malgré le silence inexplicable de l'Aigle. Zeuxis n'approuvait que moyennement cette décision. Etre chevalier ne relevait pas de la seule motivation ; exceller dans l'art du combat demandait une foi parfaite en soi-même et se trouvait donc réservé à une élite.


" Attaquez-moi tous en même temps " ordonna Myrddin.


Malgré la perplexité des chevaliers, Myrddin se mit en garde, les invitant à ne pas hésiter. Sa confiance en lui convainquit les saints, qui tous lancèrent d'une voix leurs attaques.


- La Danse du Dauphin…
- Dreadlocks
- L'Etreinte de Némée !!
- Floraison Spirituelle
- Velours Tranchant !
- Par l'Aigle Foudroyant !
- Requiem
- Les Griffes du Tonnerre !
- Scrutation


Les chevaliers reçurent de plein fouet leurs propres attaques ou celles de leurs compagnons. Myrddin semblait ne pas avoir bougé. Les jeunes justiciers restèrent déconcertés par cette défense parfaite. Tel était donc le véritable pouvoir des chevaliers d'argent… décidément la maîtrise du cosmos demeurait encore une notion lointaine.


" Vos attaques sont faciles à détourner. D'une part elles sont imparfaites, d'autre part vos vitesses sont différentes et oscillent entre Mach 3 et Mach 5. Dans ces conditions il n'est pas dur de s'occuper de vos coups les uns après les autres. Si vous voulez nourrir l'espoir de vaincre un dieu, il vous faudra acquérir une célérité bien supérieure, celle des chevaliers d'or, la vitesse de la lumière. "


C'était donc ça, pensa Tito. Bien que Myrddin soit un saint d'argent, si les armures d'or reposaient au Sanctuaire l'une d'elle aurait certainement déjà choisi le druide.


" Les dieux ne se battent qu'à cette vitesse. Leur concentration ne se focalise donc plus sur leurs déplacements mais sur leurs techniques de combat qu'ils perfectionnent à chaque réincarnation. Votre rencontre avec Morphée vous a à peine dévoilé la puissance d'une divinité.


" Vos échecs viennent aussi de votre individualisme. Vous m'avez tous attaqué séparément, conservant égoïstement votre cosmo-énergie de peur d'en manquer pour vous-même. Sachez que donner n'est jamais perdre, car à même titre que l'univers, le cosmos est infini. Vous êtes des saints au service la justice, ne l'oubliez jamais. Si vous n'ouvrez pas votre cœur, vous resterez des hommes aveuglés par le doute.


" Réfléchissez à notre premier adversaire. Morphée est le dieu des rêves, le fils du Sommeil. Comprenez-vous ce que cela implique ? Vous devez affronter votre torpeur pour éveiller votre âme. Battez-vous pour faire de vos espoirs notre réalité. L'impossible est ce en quoi on a cessé de croire ; ne vous encombrez plus de ces limites, cherchez en vous-même la sérénité du septième sens, et ainsi libérés des ombres de l'inconnu votre volonté deviendra vos ailes. "


Myrddin traça au sol un large cercle au milieu duquel il déposa quelques pierres.


" Ceci est le lac Averne, en Italie. La roche en son centre représente la caverne qui mène aux Enfers. Les hommes d'Hadès emprunteront cette sortie. C'est ici que vous les y attendrez pour leur couper la route. Les spectres seront certainement accompagnés d'un juge ou d'un dieu. Si Hadès a mentionné les juges, c'est qu'ils ont été ressuscités. Je ne serai pas surpris de trouver Morphée à leur tête. L'un de nos rares avantages est que Morphée n'est pas un combattant, et il nous sous-estime. Surprenez-le.


" Bayer, Oisin, Tito, Maui, Neferia et Zeuxis, vous vous placerez dans les bois autour de l'entrée. Un unique chemin traverse le lac pour lier la grotte au rivage. Hipparque, Sheliak et Altaïr, vous y resterez pour éviter toute évasion des spectres. Pour ma part je garderai les portes du Sanctuaire au cas où certains adversaires parviendraient à percer votre défense. Quant aux Atlantes, ils protégeront la maison du Bélier. Inutile de dire que leur intervention n'est pas souhaitée. En protégeant le Sanctuaire nous détenons indirectement dans nos mains l'avenir de territoires alliés.


- Et Shiryu, demanda Neferia, n'interviendra-t-il pas ? Pourquoi Athéna n'invoque-t-elle pas ses anges ?
- Les anges gardiens constituent la force de dernier recours d'Athéna. Leur puissance égale celle des dieux, ils n'interviendront que si la situation devient désespérée. En attendant, Shiryu protège le temple de la Balance. Si vous êtes en première ligne, c'est aussi pour vous aguerrir dans l'espoir que vous parveniez à développer votre cosmos à un stade aussi élevé que les chevaliers d'or. Ce ne sera pas facile, mais en cela résident les clés de la victoire. Unis à la vitesse de la lumière, nous avons une chance de vaincre.





Tous les Italiens connaissaient la Campanie pour deux raisons. Ils parlaient sans cesse de la première : le sol était si fertile que selon les poètes Dionysos et Déméter y rivalisaient d'inspiration.


De la seconde raison, personne n'osait ne serait-ce qu'en rappeler l'existence. Au milieu de forêts malades stagnait le lac Averne, que certains imprudents imaginaient reflux de l'Achéron. Protégé par les vapeurs étouffantes des eaux fangeuses du lac, d'énormes rochers effondrés cernaient un antre ténébreux entouré de piliers rappelant les crocs de Cerbère.


Endormie sur l'Averne, une brume oubliée diffusait les reflets verdâtres des nuages. Impossible de savoir si en dehors d'ici il faisait jour ou nuit. Depuis trois jours que les chevaliers attendaient, pas une fois ils n'avaient aperçu les rayons du soleil. Quant aux rares oiseaux aventureux qui survolaient le lac, ils succombaient sous l'odeur pestilentielle exhalée par la bouche des Enfers.


- Comment Enée a-t-il trouvé le courage de descendre au royaume des morts ? se demanda Hipparque.
- Être le fils d'Aphrodite apporte une aide certaine, répondit Sheliak. Et il avait la protection des dieux : un rameau d'or à offrir à Perséphone.
- Je ne savais pas que tu t'y connaissais en mythologie.
- N'oubliez pas, intervint Altaïr, que les dieux ne sont pas les seuls à aider les hommes, et je suis sûr que cet Enée a aussi reçu le soutien des esprits. Ils nous sont bienveillants même s'ils nous restent invisibles. Pour peu qu'il accepte de le voir, aucun homme n'est seul.
- Les esprits dont tu parles, nota Hipparque, pourraient n'être qu'une lecture mal comprise de notre inconscient. Je suis d'accord avec toi, nous ne sommes pas seuls dans notre tête. Entre le persona, l'anima et leurs compères, où se trouve notre soi ?
- Où veux-tu en venir, Hipparque ?
- Au fait que tes esprits ne sont peut-être qu'une interprétation du cosmos, et leur inspiration spirituelle une forme de cosmo-énergie.
- C'est plausible, admit Sheliak.
- J'y pense, ajouta Hipparque, cette histoire de rameau d'or, de protection divine… Enée aurait-il été un chevalier d'Athéna ?
- Quoiqu'il en soit, répondit Altaïr, il nous accompagne, d'une manière ou d'une autre. Mon peuple partageait la croyance que nature, hommes, animaux, esprits, ne forment qu'un. Mon père aimait à dire Mitakuye Oyasin : nous sommes tous liés.


Cachés dans les bois asphyxiés autour de la bouche des Enfers, les autres chevaliers s'impatientaient.


- Bon ils arrivent, ils ont peur ou quoi ? gronda Maui.
- J'espère que personne n'a oublié notre plan, lança Tito.
- Just relax, intervint Bayer. Profite du calme.
- Eh, Zeuxis ! appela Oisin. Tu boudes ou quoi ? Viens donc avec nous.
- Tu veux un buzz ? demanda Bayer en espérant sincèrement que Zeuxis accepte, ça lui aurait donné l'occasion d'en rouler un…
- Garde cette merde pour toi, répondit le Peintre. L'éveil de l'esprit est ailleurs. Laisse-moi maintenant, je pense…
- C'est quoi ces pensées secrètes ? s'enquit Tito. Tu caches encore quelque chose, j'aime pas ces mystères.
- Parle Zeuxis, me fais pas me lever, prévint Maui.
- Allez, implora Oisin, dis-nous, fais pas ton timide !
- Très bien, céda Zeuxis. Puisque vous insistez… Les femmes sont comme les arbres : une brise les fait frémir, leurs ondulations nous enchantent…
- Et d'un souffle parfumé elles endorment les hommes, ajouta Neferia. Vous êtes si aisément amadoués…


Bayer ne put contenir son rire, vite suivi d'Oisin.


- Assez rêvé, coupa Tito, il est temps de recevoir nos invités.


Chaque chevalier fit silence. Dans cette forêt inerte, un souffle de fraîcheur annonça l'arrivée d'un dieu. Morphée se détachait à peine de l'obscurité.


Puis les ténèbres saisirent les saints. Une robe noire venait de couvrir leurs yeux et dissimulait la moindre trace de lumière. Perdus dans ce monde sans repère, ils s'égaraient dans les plis de la Nuit. Nyx régnait sur l'Averne, dans un silence splendide.


Puis des cris de nourrisson déchirèrent la quiétude. Ils se calmèrent vite au profit d'une respiration haletante, comme celle d'un enfant inspirant en quelques instants les plus douces des saveurs de la Terre et les plus grandes connaissances des mortels. Son souffle devint calme, puis ralentit encore, et dans cette obscurité impénétrable, on ne pouvait que deviner la maturation si rapide de l'enfant de la Nuit.


Quand la respiration cessa, des étoiles à peine visible percèrent la nuit ; elles scintillaient comme les diamants oubliés du monde souterrain. Lorsque Nyx relâcha son étreinte, la Mort se présenta : " Thanatos, aux services de sa majesté Hadès. "


D'un bond léger, Thanatos se plaça au sommet de la caverne. Morphée attendit trois compagnons qui ne tardèrent pas à assombrir les lieux. Recouverts d'une cape intégrale, même les yeux du Lynx n'en traversaient pas la noirceur. Dans ce silence macabre, les chevaliers osaient à peine respirer. Les arbres morts leurs semblaient soudain une bien misérable cachette.


Alors que Maui s'apprêtait à lancer le signal pour l'attaque surprise, Zeuxis sortit des buissons et avança vers l'antre.


- Qu'est-ce qui lui prend ? chuchota Tito.
- Il va tout faire rater ! s'exclama Maui.
- L'inspiration… souffla Neferia.
- Il veut agir en gentleman, s'amusa Bayer. Protocole, vous comprenez…
- Taisez-vous un peu ! ordonna Oisin. Je suis sûr qu'il va nous surprendre.


Zeuxis fixa un instant Morphée, puis déclara :


- Votre place n'est ni ici ni dans les cieux bénis. Retournez aux Enfers ou ce lieu sera votre tombe.
- Notre tombe ? répéta Morphée, incrédule. Nous en sortons à peine, ne gâchons pas le plaisir d'une nouvelle guerre sainte.


Sommeil de Plomb ! lança Morphée à peine sa phrase terminée. Les épaules des chevaliers ployèrent comme si la terre se voyait déposée sur leurs épaules. Leurs pieds lacéraient les roches qui les portaient. Ils s'enfonçaient progressivement dans la pierre, les muscles bandés dans l'espoir de résister à cette pression insupportable. A ce rythme ils se verraient bientôt assommés ou broyés, à moins que leurs corps ne déchirent la terre jusqu'aux Enfers.


Les trois hommes cagoulés dépassèrent Zeuxis et traversèrent le bois telle une bourrasque glaciale. Les os des saints étaient sur le point de rompre. Ce fut l'instant le plus grisant pour Maui. La gravité l'affrontait, lui Héraclès au visage gravé de tatouages guerriers. Il hurla, ses veines gonflèrent, et il parvint à se redresser. Aussitôt il s'élança vers Morphée, paré du cosmos de Némée. Le dieu le regarda avec pitié. D'un geste du bras il l'envoya s'encastrer dans une succession d'arbre.


Tito sentit l'instant de relâchement du Rêve. Il se courba et de ses mains jaillirent les milliers de griffes du Velours Tranchant. Morphée les détourna d'un battement d'aile. Visiblement exaspéré par cette résistance inutile, le dieu cessa son offensive afin de s'attaquer personnellement à Tito.


" Bonne nuit " déclara Morphée avant de tordre l'espace autour de Tito. " Rédemption Cauchemardesque… " Tito sentit son esprit s'assoupir. Le cercle dimensionnel le guidait vers ses songes. Avant que Tito ne sombre dans l'onirisme, Oisin se précipita vers lui pour traverser à ses côtés les frontières du sommeil.


- Deux de moins, dit Morphée. Aux suivants.


Lorsque les trois inconnus atteignirent les berges du lac, un trio de chevaliers les y attendait. " Si seulement j'avais mon armure " pensait Altaïr, fébrile à l'idée d'affronter les ombres infernales. L'une d'elles s'élança le long du chemin en direction des saints. A peine arrivée à leur hauteur elle déchargea une onde de choc digne d'un tremblement de terre aérien. " Greatest Caution ! " Hipparque ne put résister au souffle méphitique et fut projeté contre Sheliak qu'il emporta dans sa chute. Les saints se retrouvèrent envoyés à plusieurs centaines de mètres à travers les forêts noires de l'Averne.


Altaïr avait sauté à temps pour esquiver l'attaque. Il planait dans les cieux, observait ses adversaires afin de discerner le plus vulnérable. Mais le temps lui manqua. L'une des ombres en retrait s'éleva au niveau d'Altaïr. Les bras écartés telles des ailes, l'inconnu concentra un cosmos pourpre. Altaïr tremblait. Sans protection son corps risquait d'être réduit en poussières. Il tendit les mains dans l'espoir de contrer l'assaut mais l'Envol du Garuda eut raison de sa concentration vacillante. Une pluie de coups expédia Altaïr bien au-delà des bois.


Les juges des Enfers ne s'attardèrent pas. La route du Sanctuaire leur était ouverte.


Thanatos demeurait immobile au sommet de la grotte, spectateur des combats. Morphée observait Neferia, Bayer et Zeuxis. Il se demandait comment les tuer d'un coup unique. Ce ne serait certainement pas difficile mais tant qu'à faire, autant ne pas perdre de temps avec des chevaliers de seconde classe.


- Partez, dit Zeuxis à ses compagnons. Rattrapez les fuyards en direction du Sanctuaire, je me charge de Morphée.


Le bosquet se mit à luire d'une lumière perçante. Entouré d'un cosmos rouge sang, Maui apparut, le regard empli d'une haine débordante.


- Personne ne s'occupe de Morphée à part moi. Dégagez vous trois, vous êtes déjà en retard.


Bayer, Neferia et Zeuxis obéirent. Ils s'élancèrent sur le chemin du lac, mais à peine en eurent-ils parcouru la moitié que Thanatos brandit son bras spectral. Necros ! Des eaux fumantes du lac surgirent des dizaines de mains cadavériques, puis des centaines de tête privées de toute autre expression que l'oubli et la peur, puis des milliers de corps squelettiques. Leurs gémissements glaçaient le sang, leurs complaintes attristaient inéluctablement, et ils ne semblaient avoir qu'un but, se nourrir de l'énergie des chevaliers en présence.


Le Peintre, le Caméléon et le Dauphin étaient encerclés. Floraison Spirituelle… clama Zeuxis dont les doigts libérèrent les couleurs de l'arc-en-ciel. Des fontaines de cosmos s'écoulaient des doigts du Peintre telles des rivières olympiennes. Fleurs printanières, bouquets de saveurs, fraîcheur apaisante des eaux de montagne, lavande. Tel était le cadeau de Zeuxis aux mort-vivants. Ceux touchés par les scintillements s'effondraient sans un son, poussières informes d'esprits dupes. Une infinité d'ombres avançaient et sombraient dans une continuité pendulaire.


Neferia et Bayer ne quittaient pas la lumière de l'arc-en-ciel protecteur. Néanmoins ils ne pouvaient pas attaquer si proches de Zeuxis. Une montagne de corps amoncelés contre les couleurs du Peintre se désagrégeait sur eux en pluie putride.


- Tito !
- Qui m'appelle ?
- Tito…
- Est-ce toi… Raja ?
- Tito.


Elsighorn me dépassait dans tous les domaines. Plus charmant, plus diplomate, mené par une volonté inébranlable et une maîtrise exemplaire de son cosmos, il détenait dès notre arrivée au Canada les faveurs de notre maître. Compagnons d'entraînement, six années nous séparaient de l'obtention de l'armure du Lynx, cependant je ne me faisais aucune illusion à voir la vitesse d'apprentissage de mon rival.


Sa certitude d'obtenir l'armure et mon fatalisme nous lièrent d'une amitié fraternelle, et Elsighorn décida de m'aider autant qu'il le pouvait. Motivés par une saine émulation, nos temps libres se passaient à développer nos techniques ou à discuter sur l'oubli des bienfaits du cosmos dans nos sociétés actuelles. Oui, Elsighorn était comme un frère pour moi, probablement le premier adolescent envers qui mes paroles ne suintaient pas de défiance. J'en venais même à oublier l'espoir de devenir chevalier. Si je m'entraînais encore avec une ardeur chaque jour renouvelée, c'était pour offrir à Elsighorn un adversaire digne de lui.


Mais tout bascula un jour d'été indien. Après quatre années d'études en France, la fille de notre maître revint chez elle, chez nous. Raja… Au premier regard nous en tombèrent tous deux amoureux, et mes chairs se serrèrent lorsque je compris qu'une nouvelle rivalité prendrait forme sous les traits de cette fille aux rires aisés. Mais pouvais-je parler de rivalité ? Le charme d'Elsighorn face à mon visage rude ne me laisserait que les miettes des sourires de Raja.


Après un mois d'une triade relationnelle ambiguë, mon compagnon vint me trouver pour me confier son trouble. Un chevalier d'Athéna se devait de dévouer pleinement sa vie au combat contre le mal, et un cœur trop amoureux détournait la concentration nécessaire à un combattant. De plus la mort suivait avec attention les faux pas des guerriers. Elsighorn venait de choisir : il sacrifiait son titre de chevalier pour l'amour de Raja.


Je n'avais pas mon mot à dire, et cette décision unilatérale me parut presque injuste. Je ne voulais plus de cette armure, mais que me restait-il d'autre maintenant ? Elsighorn et Raja ne se quittaient plus, ils m'oubliaient peu à peu. J'ignorais à qui en vouloir le plus : Raja pour sa beauté inaccessible et pour m'avoir volé un frère, ou Elsighorn et son amour aveugle où je ne figurais plus. Les deux dernières années de mon entraînement se nourrirent d'une haine farouche envers les hommes et leurs relations fourbes, envers cette illusion éphémère qu'on appelle amitié.


Les cheveux roux de Raja étaient seuls à colorer la plaine morbide des Enfers où Tito s'éveilla. Ses yeux couleur d'été indien semaient des graines de vie au milieu de cette grisaille omniprésente.


- Ra… Raja, bégaya Tito, je… je ne voulais pas…
- Tito ! appela une troisième voix.


Un adolescent filiforme apparu du néant avança vers eux.


- Elsighorn ! s'exclama Tito.
- Pourquoi… pourquoi m'as-tu tué ?
- Tu m'as trahi, Elsighorn… tu ne m'as rien laissé…


Raja se mit à pleurer. Tout allait trop vite pour Tito. Un amour impossible, un ami assassiné, et maintenant Altaïr qui approchait. Du sang s'écoulait en flots continus de son dos. Il arriva à peine qu'il s'effondra aux pieds de Tito, secoué de spasmes d'agonie.


" Est-ce que je perds la raison ? Elsighorn, Raja, Altaïr… excusez-moi. Maintenant, partez. PARTEZ ! Je suis dans un cauchemar, vous n'êtes pas là ! "


Un éclair illumina les trois véritables visages qui entouraient Tito : Alecto, Tisiphone et Mégère. Dès leur identité dévoilée elles poussèrent un hurlement d'effroi qui figea instantanément les muscles de Tito. Perdu à la fureur des Erynnies, le Lynx n'espérait plus qu'une mort rapide. Mais les Euménides détenaient la vertu de patience et comptaient bien savourer leur proie dans un nectar de souffrance.


Oisin scrutait l'horizon pour percevoir Tito à travers l'obscurité. La nue immaculée couvrant les cieux ne permettait qu'à la désolation de se montrer dans toute sa gloire. Quelque part pourtant, Oisin devinait son compagnon en danger.


- Griffes du Tonnerre !


Un éclair illumina la plaine. Quatre silhouettes étaient apparues dans les flous du lointain, et maintenant provenaient d'elles des hurlements infernaux. Le chevalier d'Ophiuchus s'y précipita. Tito gisait dans un bain de sang entre les crocs des Erynnies. Elles se jetèrent sur Oisin mais malgré toute la rage déployée, elles ne parvenaient pas à le toucher. Elles stoppaient irrépressiblement leurs coups avant d'atteindre l'Irlandais. Oisin rejoignit Tito et le prit dans les bras sans s'intéresser aux Furies. Il intensifia son cosmos pour y protéger son ami, puis récita à voix basse une oraison druidique.


Les Erynnies se posèrent plus loin, attendant que le saint s'épuise. Elles ne pouvaient rien contre un homme au cœur pur.


Tito ouvrit les yeux avec peine.


- Oisin… gémit-il. Pourquoi m'as-tu suivi ?
- J'ai pensé que tu t'ennuierais tout seul, mon ami. Et puis, j'étais curieux de connaître ce que vous appelez cauchemar…


A ces paroles, Tito se mit à sangloter. Etait-ce le souvenir de ses amitiés détruites ou ces larmes venaient-elles d'un confort oublié depuis trop d'années ? Oisin… un ami ? Ce mot résonnait d'outre tombe, chargé de peurs, couvert de déception.


" Je n'ai jamais compris les tourments des hommes, continua Oisin. Chaque âme contient le savoir éteint de sa propre guérison. Nous sommes les enfants des étoiles, des chevaliers d'Athéna, mais avant tout, des hommes et donc des frères. Il est tant d'amour à puiser du bien-être des autres. C'est vrai, parfois la vie se fait pesante, des nuages l'assombrissent et en dissimulent la magnificence, cependant les portes infinies de l'âme de nos amis sont là pour nous sauver. Leurs différentes conceptions du monde nous permettent de discerner dans chaque endroit la beauté des éclaircies. Cette amitié, je te l'offre, Tito, n'en sois pas effrayé. Partage mon cosmos, et tu comprendras que seule notre âme est en ces lieux. Envolons-nous vers notre éveil. "


Maui ne craignait plus Morphée. Une fois déjà il avait subi l'illusion de sa culpabilité. Cette attaque ne le surprendrait plus. Les sourcils froncés, les yeux exorbités, grisé d'une fierté giflée, Maui frappa ses bras, tambourina sur ses cuisses, avança un bras en avant en signe de défi, puis tira une langue menaçante comme pour dire 'je vais dévorer ton cœur'. Les Colonnes d'Héraclès !!


Des eaux stagnantes surgit un pic rocheux derrière Morphée. Maui se jeta sur le dieu et l'étreignit avec la force d'un lion sauvage pour l'entraîner vers les roches déchirées du pic. Sans chercher à parer l'assaut, Morphée reçut de plein fouet le choc des colonnes. Aucunement perturbé, il saisit le cou de Maui et le souleva de terre.


- Tu comptes me tuer d'une caresse ? se dépita Morphée.
- Qui a dit que c'est toi que je visais ! rétorqua le Maori.


Dans un crissement commun, l'armure d'Héraclès craquela de part en part et le plastron du surplis se fendit légèrement.


- Impossible ! souffla Morphée, tu as sacrifié ton armure pour affaiblir la mienne… Même si tu es loin de l'avoir détruite, tu vas payer cet affront par ton dernier souffle.


Des yeux de Morphée s'envolèrent des flocons de cosmos. Toujours suspendu, Maui somnolait, et sa volonté endormie ne laissait place qu'à la douleur. Les éclats de son armure mourante pénétraient les chairs de son cou. Etouffé par la main des Songes, Maui n'avait même plus la force de geindre.


Soudain un violent mal de tête fit crier Morphée. Il lâcha sa victime et saisit son crâne, genoux courbés. Son casque explosa et des poussières naquirent deux papillons dirigés vers les corps d'Oisin et Tito. Les saints s'éveillèrent. Un regard suffit aux deux chevaliers pour s'entendre : Oisin s'élança sur le chemin du lac tandis que Tito se mettait en garde face à Morphée.


Le Lynx ne bougeait pas. Il ne comprenait pas. Quelle était cette sensation nouvelle qui l'habitait ; ou plutôt, celle qui l'avait enfin quitté ?


Les chairs de Tito se mirent à vibrer en chœur. Chanson du corps, éveil de l'âme, pour une fois, n'ayons plus peur. Cette force qui m'attire comme une étoile, qui me nourrit comme la pluie, sa puissance m'effraie, je ne la comprends pas. Vais-je brûler avec elle, va-t-elle m'embraser en un feu mortuaire ? Oisin, tu m'as ouvert les yeux. Je suis prêt, je veux vivre, et j'accepte ce cosmos dont la sérénité m'éblouit. La volonté…


Lorsque Tito se courba, un liseré brun tissa un pelage autour de lui. Quelques roches alentours se soulevèrent sous le tremblement du sol. Le Suisse plissa les yeux, et dans un bond soudain il hurla : VELOURS TRANCHANT !


Des milliers de griffes explosèrent dans un chaos mortel proche du surplis de Morphée. Le dieu parait chacune des attaques, néanmoins il lui fallait concentrer tous ses efforts tant l'assaut était cette fois fulgurant. Tito hurlait sa colère, exultait son dégoût, extrayait une bonne fois cette hargne qui l'enserrait depuis tant d'années. Les griffes du Lynx arrivaient maintenant de toutes les directions, s'abattaient du ciel, sortaient de la terre, et leur puissance épanouie par le chevalier en transe ne cessait de croître. La constellation du Lynx apparut et à sa lumière s'unirent les lacérations de Tito. Le surplis du Rêve vola en éclats.


Les morts du lac convergeaient en direction d'Oisin. L'Irlandais leva les yeux vers les nuages sombres du lac. Derrière cette nue se trouvaient les étoiles d'Ophiuchus, ses Muses inséparables. Oisin en appela aux éclairs et la foudre plongea du ciel vers son corps. La puissance de la détonation déchira l'atmosphère. Les mort-vivants disparurent comme des flocons au soleil. Neferia, Zeuxis et Bayer étaient libres.


- Dépêchez-vous, appela Oisin, Tito vous attend pour finir Morphée et Thanatos. Je m'occupe des revenants.


Ils acceptèrent d'autant plus vite que déjà de nouveaux morts perçaient les eaux du lac. Ils rejoignirent Tito quand le surplis de Morphée explosait.


- A vous de jouer ! cria le Lynx à ses compagnons.


Neferia s'envola en une danse improvisée devant les yeux du dieu. La Danse du Dauphin… Elle glissait dans les airs comme elle jouait dans l'eau, gracieuse et envoûtante.


- De l'art d'hypnotiser les Songes… commenta Zeuxis.


Profitant de l'inattention de Morphée, Bayer invoqua " Dreadlocks ! " Ses cheveux s'élancèrent tels des fouets et vinrent encercler le dieu. Paralysé, Morphée ne put contenir les assauts du Dauphin. Il crachait du sang et maudissait les chevaliers, sous le regard imperturbable de Thanatos. La Mort surveillait le combat du haut de l'antre, impassible.


Morphée fulminait. Quelques instants d'inattention lui avaient coûté cher. Son armure brisée, les coups du Dauphin et l'étreinte du Caméléon lui rappelaient cruellement combien sous-estimer ses adversaires se révélait dangereux. Lui, un dieu, mis à mal par de simples mortels. Surpris par la volonté et l'unité inattendue des chevaliers, Morphée refusait sa défaite, pourtant sa concentration troublée ne lui permettait pas de rassembler ses esprits.


Les dreadlocks de Bayer enserrèrent le Rêve jusqu'à lui couper le souffle, Neferia termina sa danse pour rompre les dernières résistances de Morphée, enfin Zeuxis fit tournoyer un long pinceau bleu ciel entre ses doigts et se présenta devant le corps nu du dieu. Le Peintre esquissa un sourire victorieux, et après s'être assuré que Thanatos l'observait, il enfonça son pinceau dans le cœur de Morphée.


Le lac était redevenu silencieux. Mais pour la première fois depuis leur arrivée, ce silence rassurait. La Mort descendit de l'antre et avança jusqu'au corps de Morphée. Elle en retira le pinceau et le jeta aux pieds de Zeuxis. " Tu en auras besoin " dit Thanatos d'un ton glacial. Le Rêve dans les bras, il tourna le dos aux saints et disparut dans les ténèbres des Enfers.





Un mur de végétation cernait le Sanctuaire. Lianes, lierre, roses, oliviers, chênes, habillaient les murailles d'une tunique infranchissable. Seule l'intuition des juges leur dictait que l'enceinte sacrée d'Athéna se cachait derrière cette forêt grouillante de vie. Ainsi dissimulées, les propylées demeuraient invisibles. Impossible de deviner l'entrée des lieux.


Dans la pénombre de sa cape, la Vouivre grimaça. Greatest Caution ! Une onde suffit à ternir toute vie alentours. Arbres, fleurs, n'étaient plus qu'un tas de cendres parsemant les remparts découverts du Sanctuaire.


Dans l'encadrement des propylées, l'armure de la Coupe revêtue par Myrddin d'Avalon se gorgeait du soleil matinal. Lorsque le druide pointa son bâton de chêne vers les arrivants, un vent violent purifia les murailles puis s'abattit tel un cyclone sur les hommes dont les capes s'envolèrent. Les surplis de Minos du Griffon, Eaque de Garuda et Rhadamanthe de la Vouivre étouffaient les rayons solaires assez aventureux pour les approcher.


La tornade s'intensifia. Eole semblait en rage, il changeait subitement d'orientation pour déséquilibrer et repousser les juges qui tentaient en vain de poursuivre leur avancée. Leurs pieds traçaient dans la terre des sillons désordonnés.


Eaque comprit comment répondre à l'attaque. Les ailes de son surplis se déployèrent et il s'éleva hors du cœur des vents déchaînés. Dans le ciel comme sur terre la tempête rendait tout mouvement difficile, mais Eaque connaissait bien les sentiers aériens. L'envol du Garuda.


Le cosmos d'Eaque fendit les airs en direction de Myrddin. La tempête cessa, le druide épousa l'approche de la cosmo-énergie du Garuda, tourna un instant avec elle puis la réexpédia à son auteur. Déconcerté, Eaque reçut ses propres coups de plein fouet.


Rhadamanthe prit le relais.


- Greatest Caution !
- Imprudent, susurra Myrddin, j'ai déjà vu cette attaque…


Myrddin se courba, bassin en arrière, genoux et bras en avant, le regard fixé sur l'onde infernale dirigée vers lui à la vitesse de la lumière. Il ne se décala pas d'un pas. Quand l'attaque et son armure vibrèrent d'un éclat antagoniste, Myrddin s'inclina légèrement. Le cosmos de Rhadamanthe glissa sur les jambes du saint, sur son torse, puis s'élança le long de son bras pour prendre un élan mortel le long du bâton. Le Greatest Caution détourné déchira les airs et vint frapper Minos.


Ebranlé, Minos du Griffon rageait. Un chevalier d'argent tenait tête aux trois juges des Enfers. Néanmoins la technique de Minos n'était pas encore dévoilée, et ce n'était pas le genre d'attaque aisément maîtrisable. Danse Cosmique…


Pas la moindre salve énergétique ne s'échappa de Minos. L'assaut était plus subtil : les brumes cosmiques autour de Myrddin entraînèrent le druide en une danse incontrôlable. Ses membres s'agitaient de plus en plus violemment, tels un pantin agité par un enfant sadique. Myrddin ferma les yeux et détendit ses muscles. Peu à peu sa chorégraphie anarchique devenait plus fluide. En paix avec son environnement, Myrddin parvenait à comprendre la danse cosmique et à l'apprivoiser, ou plutôt, se laisser apprivoiser par elle. Malgré son âge, Myrddin dansait avec la souplesse d'un adolescent.


Lorsque le chevalier lénifia les vibrations délétères du Griffon, il put enfin regagner sa position habituelle : droit comme un arbre, les yeux scindés par des cheveux aux allures de canopée enneigée, la main sur son bâton appuyé sur le sol.


- La connaissance de l'ennemi favorise la victoire, dit Myrddin. Si tu savais qui est mon maître, tu n'aurais certainement pas gaspillé ainsi ton énergie.


Minos serrait les dents. La défense du druide était parfaite, et l'anxiété des juges croissait en réalisant que le saint n'avait pas encore porté la moindre attaque.


- Aucun de vous n'a assez de courage pour m'affronter en duel à mort ? demanda Myrddin. Il est encore temps pour vous de rebrousser chemin. Mais si vous voulez m'attaquer tous les trois, autant joindre vos efforts. Montrez-moi l'osmose des Enfers.
- Parle-t-il de… commença Eaque.
- Non, coupa Minos. Il ne peut pas en connaître l'existence. Il essaie juste de nous intimider.
- Il y a de quoi, nous sommes en difficulté. Si un seul d'entre nous périt maintenant, notre mission échoue.
- Dans ce cas, comment percer la défense du druide ? interrogea Rhadamanthe.
- Nous n'avons pas le choix, dit Minos. Utilisons nos anciennes attaques.


Les juges partagèrent un silence lourd de sens.


- Nous avons juré de ne plus les utiliser, rappela Eaque.
- Avec la force que nous avons acquise depuis les temps mythologiques, pensa Rhadamanthe, je me demande quelle puissance pourrait détenir ces attaques depuis trop longtemps oubliées. Je te suis, Minos.
- Je prends Myrddin en duel, objecta Minos. N'intervenez que si je vous en donne l'ordre.
- Attends, s'affola Eaque.
- Laisse faire, coupa Rhadamanthe. Après tout, il est normal d'honorer le savoir transmis par la Guerre lorsque nous étions encore vivants.


Le cosmos mauve du Griffon s'écoulait de son surplis comme la vase d'un marécage. Il suscitait un dégoût amer, pourtant de minuscules astres venaient percer l'obscurité du juge. Une cosmo-énergie dorée voletait en désordre autour de Minos. Son torse gonfla, ses coudes reculèrent, et lorsque les Hyades apparurent sous les yeux ébahis de Myrddin, Minos attaqua.


- Par les Cornes du Taureau !!


Impossible de contenir ou même dévier une telle charge. Myrddin se projeta hors d'atteinte. Ravageant le sol dans un tremblement infernal, brisant les roches sur son passage, un taureau sauvage vint réduire en poussières les propylées et les murailles alentour. Myrddin resta interloqué. Minos… un ancien chevalier d'or ?


L'assaut de Minos ouvrait la vue sur l'enceinte sacrée. Le Sanctuaire paraissait désert, et pour cause, tous les résidents se trouvaient dans la ville d'Athènes sous la protection d'Algernon et Siroe. Athéna, le Grand Pope, Shiryu et les Atlantes demeuraient seuls au Sanctuaire en attente de la bataille.


Myrddin avait profité de l'observation de son adversaire pour réagir. Sans s'en rendre compte, Minos laissait ses pensées dévier vers une réminiscence indéchiffrable. Il venait d'utiliser l'attaque de sa jeunesse, lui qui fut le premier saint d'or du Taureau. Ses sens grisés de souvenirs mythologiques, Minos sentait pour la première fois depuis des millénaires une senteur ô combien familière. Transmises par Gaïa sous la prière de Myrddin, les odeurs de la Crète s'exhalaient de la Terre, portées par la chaleur du soleil levant. La Crète… Minos ne voyait plus que les paysages de son royaume, les temples de son domaine épanoui et vivant.


Myrddin s'élança vers Minos, le bâton tendu vers la tête du juge. Il allait lui fendre le crâne.


- Réveille-toi ! hurla Eaque.
- Inutile, assura Rhadamanthe un rictus aux lèvres. Myrddin a perdu.


Alors qu'il atteignait Minos, le druide fut envahi d'une intuition oppressante. Lorsqu'il se retourna, il distingua le crachin d'une cosmo-énergie océane.


- Triangle du Diable !





Deux mois plus tôt, Myrddin atteignait l'Hélicon. Les étoiles de la Lyre scintillaient sur le manteau de la nuit. Le chalet en hauteur de Sheliak était d'autant plus facile à trouver que dès les ruines de Delphes s'entendaient les accords du poète.


Myrddin frappa à la porte. Pas de réponse. Le chevalier entra, laissant s'échapper une fumée dense et grisante. Le désordre dans le chalet était affligeant : des mégots et du pain rassis parsemaient la table, les toiles d'araignées étaient légion. Au plafond séchaient de massifs bouquets de cannabis en hommage aux Muses.


Depuis l'exil de Sheliak quatre ans auparavant, le maître et l'élève ne s'étaient plus revus. L'Arabe se contenta de le regarder sans arrêter de jouer. Le druide fit chauffer de l'eau, prépara un thé qu'il disposa près de Sheliak puis s'assit à ses côtés.


Il n'y avait qu'à lever la main pour saisir du cannabis. Myrddin arracha les feuilles de son bâton qu'il s'amusa à entrelacer, à plier, pour finalement former une tulipe chargée de l'ambroisie des hommes.


Sheliak observait son maître avec curiosité, d'autant que le druide semblait vraiment savourer les bouffées de fumée qu'il inspirait.


" Il y avait bien longtemps depuis ma dernière tulipe… mais ses effets ne changent pas. La musique y devient toujours différente, même si on la connaît par cœur. On y entend des détails jusqu'alors ignorés, des voix nouvelles dont la discrétion est la beauté. Cette note isolée de piano et ce souffle impalpable de flûte deviennent alors les hérauts de la mélodie, cependant à force de les idolâtrer, leur attente réduit la chanson à un porteur diaphane. Là réside bien le piège de la découverte, car à trop vouloir déshabiller nos passions on oublie de revenir à la base, à cet essentiel dont les définitions semblent trop souvent perdues.

" Depuis combien de temps n'es-tu plus sorti, Sheliak ? Ta musique dont même Nyx ne calme les ardeurs, as-tu aussi appris à l'oublier ?

" Suis-moi, nous allons prendre l'air. Et laisse ta lyre ici. "


Sheliak suivit son maître jusqu'aux ruines de Delphes. Ils s'installèrent sur les marches du théâtre, devant l'étendue noire où sommeillait la mer d'oliviers, celle-là même qui avait inspiré à Saori la plantation d'une forêt similaire sur les collines d'Attique.


Habituellement, le musicien bougeait peu car il rechignait à quitter son extase musicale et ses méditations incessantes au profit d'un espace sans accord. Altaïr et Oisin étaient les seuls à lui rendre visite, mais leur entraînement de chevalier réduisait sévèrement les occasions d'une conversation sur l'Hélicon.


- Pourquoi fumes-tu, Sheliak ?
- Pour comprendre… qui je suis. Quels sont ces sentiments qui m'étreignent d'une main étrangère, d'une inspiration perdue. Je ne l'ai jamais vue, pourtant je le sens, ma vie n'a de raison que la vie d'Athéna. Les Muses me la dessinent en volutes de fumées, et je cherche dans l'abandon la source de cet amour. Je l'imagine heureuse, femme et fille à la fois, déesse aux yeux clairs seule capable de maintenir les battements de mon cœur. Myrddin, comment peut-on aimer si aveuglément, pourquoi ne puis-je oublier Athéna sans en appeler aux Moires ? Je suis amoureux d'un concept, et mes rêves sont ma tombe.
- Il faut habiller tes pensées du visage d'Athéna. Je te promets qu'une fois chevalier tu rencontreras notre déesse.
- J'en mourrais.
- Uniquement si tu ignores la cause de ton combat. Tu sacrifieras les sentiers infinis de tes réflexions au profit d'une femme à protéger. Tu seras le saint de ton aimée et pour elle tu traverseras les cieux. Ton voyage dans la pénombre prend fin ce matin, Sheliak. Il est temps que tu connaisses la vérité.


Peu à peu, la constellation de la Lyre s'effaçait sous l'arrivée d'Eos. A la place de la mer d'oliviers se révéla un lac de brumes animé de vagues ailées. Océan d'air, beauté intouchable, que ne puis-je me jeter dans tes bras.


- De quoi te rappelles-tu du désert ? questionna Myrddin.
- De l'arche de la mort ; à son seuil, soulagé d'enfin trouver le repos. Mais précédant mon pas, un flocon de ton cosmos s'est posé dans ma main. J'ai recouvré la vue et te vis, main tendue. Tu m'as ouvert les yeux, pourtant je me sens aveugle.
- Ce n'était pas moi, Sheliak.


Surpris, l'Arabe dévisagea son maître.


- Si ma main t'a ramené au jour, je ne fus pas ton salut. Le flocon de cosmos fut une bénédiction, un cadeau d'Athéna. Avant de te connaître, elle t'a choisi, et sauvé. Jamais depuis ce jour les vœux de la déesse n'ont quitté ta main bénie. Tu es son chevalier, et Athéna a besoin de toi.


Sheliak fut bouleversé. Une fois encore, il renaissait.


Les premiers rayons de soleil firent leur apparition, teintant la nue d'une crinière orangée. Des vapeurs de l'aurore s'éleva alors une silhouette féminine. Sheliak se leva, émerveillé, envoûté.


Plusieurs nuages se regroupèrent entre les mains de la Dame, puis se condensèrent en lyre. D'un souffle elle vola vers le poète, et celui-ci y reconnut l'agencement d'une armure. Sheliak, saint béni de la Lyre.





Aux frontières de l'Attique, Hipparque, Altaïr et Sheliak stoppèrent leur course.


- Le cosmos de Myrddin a… disparu, dit l'Indien dans un souffle. Est-il…
- Il n'est pas mort, affirma Sheliak en scrutant les dernières étoiles qui résistaient aux assauts de l'Aube.
- Les astres brillent étrangement ce matin, nota Hipparque. Elles sont troublées. Myrddin a été envoyé dans une dimension parallèle.
- Une autre dimension, répéta Altaïr, le chevalier des Gémeaux serait-il revenu d'entre les morts ?
- Il a existé un autre homme capable de maîtriser les dimensions, à travers le triangle des Bermudes. Il portait l'armure des Gémeaux à la suite de son frère. Pourtant avant cela, il était l'un des élus de Poséidon, le gardien du pilier de l'Atlantique Nord, le général Kanon du Dragon des Mers.
- Et aujourd'hui son successeur se trouve aux pieds de la montagne sacrée. Mneseus…


Les saints se lancèrent un regard entendu. Ils n'avaient que trop parlé, le Sanctuaire avait besoin d'eux immédiatement.





Minos, Eaque et Rhadamanthe s'arrêtèrent au milieu du Sanctuaire. La suite était déjà écrite, dictée par Hadès, ainsi sans parler ils surent quel acte s'imposait. Maintenant qu'ils se trouvaient dans l'enceinte sacrée d'Athéna, les juges s'apprêtaient à énoncer leur verdict.


Dissimulée sur le toit d'une habitation, Evaemon de Sirène, reine de l'Atlantique Sud, surveillait les silhouettes spectrales.


Eaque et Rhadamanthe se mirent dos à dos et firent un cercle de leurs bras. Minos sauta sur leurs épaules. D'une naissance commune, la cosmo-énergie infernale des juges explosa telle une étoile lassée de vivre.


Sentence ! crièrent-ils d'une seule voix.


Un large anneau de feu prit forme devant les juges. L'air agité y céda la place au chaos de vibrations aériennes ouvrant un passage vers le royaume des morts.


Evaemon joua de sa flûte quelques notes envolées en direction de la maison du Bélier. Les Atlantes sortirent du temple et franchirent la gorge de l'Acropole. Aucun vent ne venait secouer les capes azurées des rois. Ils attendaient le retour d'Evaemon, car le moment était venu d'exécuter les ordres de Poséidon.


Les tréfonds du portail dimensionnel vomirent les grondements terrifiants des Enfers. Cerbère fut le premier à apparaître. Sa queue de dragon brisait chaque pierre heurtée, et ses trois têtes reniflaient l'atmosphère à la recherche de proies.


Dans l'ombre de Cerbère se glissa Eurynomos. Prince de la mort, il s'acharnait sur les os moisis de charognes quelconques. Lorsqu'il sentit le sel des chairs atlantes, son menton proéminent se couvrit de salive.


A peine sortie des ténèbres, Echidna au buste de femme et à la queue de serpent rampa à toute vitesse entre les maisons du Sanctuaire à la recherche d'humains perdus. Depuis trop longtemps sa mâchoire reptilienne n'avait plus fait couler un sang chaud et nutritif. Elle siffla entre ses dents, réjouie par avance de son prochain forfait maléfique.


A la suite d'Echidna rugirent les neuf têtes de l'Hydre de Lerne. Ses souffles et l'odeur pestilentielle de son passage recelaient suffisamment de venin pour tuer tout imprudent. Son sang avait même coûté la vie à l'invincible Héraclès.


Insensible aux vapeurs putrides de l'Hydre, Chimère bondit à sa suite. Sa tête de lion crachait du feu, et malgré l'aspect inoffensif de son corps de chèvre, sa queue de dragon n'inspirait aucune confiance.


Minos, Rhadamanthe et Eaque ne relâchèrent pas leur concentration. Le pire restait à venir et il s'agissait de bien lui faire entendre quelles étaient ses victimes. Un tel monstre représentait une menace sérieuse, même pour les juges réunis.


L'Hydre de Lerne et Chimère s'écartèrent afin de laisser place à leur père dont l'arrivée fit s'effondrer les habitations alentour. Sa tête atteignait les étoiles, ses bras assombrissaient l'Orient et l'Occident. Ses yeux lançaient des flammes. Le bas de son corps s'entortillait en deux gigantesques queues de vipères. Typhon, fils du Tartare, déploya ses ailes dans un froissement funèbre.



L'attention des juges et des monstres fut attirée par le cosmos d'un roi. Au pied de la montagne sacrée, Atlas de Chrysaor brandissait sa lance d'or en défi aux Enfers. Ses yeux n'exprimaient aucune peur. Derrière lui se trouvaient Gadeirus et Evaemon. Parfaisant la configuration d'un triangle dont ils étaient la base, Mneseus, Elasippus, Mestor et Ampheres furent les premiers à fermer les yeux.


L'Akh-Ba-Ka (11) invoquée au nom de Poséidon leur serait fatale, pourtant leurs gestes restaient épurés de toute hésitation. Ils ondoyaient leurs bras comme le mouvement des vagues et quand Mestor, Elasippus, Mneseus et Ampheres prononcèrent " Ka ", les vagues du Pacifique Nord, de l'Antarctique, de l'Arctique et de l'Atlantique Nord vinrent léviter au-dessus des Atlantes. Gadeirus et Evaemon levèrent les bras pour porter à leur tour le poids des océans. En une transe provoquée par leur " Ba ", ils y ajoutèrent leurs royaumes, le Pacifique Sud et l'Atlantique Sud, avant de transmettre les flots à Atlas. Au même instant ces océans stoppèrent autour de la Terre. Pour la première fois de mémoire d'homme aucune vague ne balayait les côtes, et un silence de mort s'abattit comme une enclume sur le cœur des Athéniens.


Seul l'océan Indien vibrait encore du reflux de ses marées, mais il ralentissait lui aussi à mesure que Chrysaor en appelait la puissance. La Terre sembla un instant figée dans l'univers. L'énergie de la rivière Océan dans la main d'Atlas, les cheveux du roi devinrent bleus et sa lance prit la forme d'un trident. Lorsqu'il le pointa vers l'armée des Enfers, ses frères disparurent dans les vagues. " Akh " termina Atlas, qui devint océan à son tour.


Minos, Eaque et Rhadamanthe se lancèrent un regard d'adieu. Personne ne survivrait à cet assaut. Même un dieu pâlirait devant l'Akh-Ba-Ka.


Les flots déchaînés déversés avec une pression abyssale déchiquetèrent les monstres venus de l'Hadès. Typhon l'inébranlable explosa sous la renaissance des Eaux. Les juges furent emportés tels des poussières dans un cyclone. Les édifices du Sanctuaire s'émiettèrent comme des châteaux de sable, et les pavés des rues fracassées armaient les rouleaux des vagues d'autant de béliers dévastateurs.


A l'approche de ce déluge, Algernon et Siroe eurent la gorge nouée. Des cris s'élevèrent de la ville qu'ils protégeaient, mais ces hurlements de désespoir leur parurent bien vains devant le châtiment divin dont ils ne comprenaient pas la cause.


Athènes fut engloutie à son tour, brisée jusqu'aux racines de ses temples. L'effroi des habitants se dissipait à mesure que les flots arrachaient la vie de ces insignifiants mortels.


Agenouillée sur la terrasse du Parthénon, Asae en larmes vit les ruines de sa cité et les corps de son peuple projetés sur les bateaux grecs condamnés. Rien ne subsistait du domaine d'Athéna sinon la mer d'oliviers et la montagne sacrée. Les milliers d'âmes libérées du poids de leurs corps s'envolaient en papillons multicolores jusqu'au royaume de l'oubli.




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Notes


(11) Akh-Ba-Ka : En ancienne Egypte, Akh, Ba et Ka forment la trinité spirituelle qui fait l'homme et les autres sujets de la Nature.


Scènes