Mémoires d'Erakis




Les vagues de Nauscia



Les Dieux suivirent l'édification de la Bibliothèque avec un intérêt particulier. Jusqu'alors ils vivaient éparpillés ou évoluaient par groupes et leurs réunions prenaient place en différents lieux au hasard de leurs tribulations. Pour la première fois, un endroit leur était à tous consacré, domaine de partage et de bien-être. La Bibliothèque, message d'union et d'équité, attirait donc à elle la plupart des divinités désirant y apporter leur contribution. Naos, gardien légitime de ce lieu, se révéla être un hôte parfait et apprécié de chacun.


Lors de son séjour à la Bibliothèque, Nauscia, Déesse des Océans, réalisa à quel point ce lieu enchanteur appelait à s'attarder afin de profiter de la richesse de tant de déités réunies sous un même toit. Un soir où elle marchait seule sur la terrasse, partagée entre son désir de prolonger son séjour et la nostalgie de son domaine sous-marin, Nauscia lisait les poésies des Dieux rédigées dans le ciel en constellations. Au milieu d'un silence parfait, elle appela les eaux par la pensée. Elle leur parla avec tendresse, avec une douceur reflet de l'amour qu'elle leur vouait. Nauscia ordonna ensuite à l'Elémental Eau de déchaîner les flots sur les côtes déchirées jusqu'à ce que le bruit des vagues épousant violemment le continent lui parviennent et l'accompagnent désormais. Depuis ce jour, la terrasse devint d'autant plus fréquentée et apaisante que l'océan harmonisait de sa mélodie lointaine les beautés déjà présentes.


Le bruit de ces vagues est un des rares vestiges de l'inspiration divine ayant contribué à la beauté de la Bibliothèque. En effet lorsque les Dieux furent pour la dernière fois tous réunis sur Erakis, peu avant leur départ au Cimetière des Esprits, ils partageaient cette même rancœur envers Naos qui avait transformé cette Bibliothèque en lieu de conspiration. Ainsi la majorité des déités reprirent ou détruisirent leur contribution.


Quelques Dieux y laissèrent pourtant leur marque, dont Nauscia, trop amoureuse du son de ses vagues pour en priver cet endroit. De plus, pensait-elle, à son retour sur Erakis, une fois libérée par Heka et Rigel, les vagues seraient le premier chant à bercer ses oreilles, comme une célébration de la paix retrouvée.



Retour en haut de page

Tair, le Sceptre d'Ohköd



Déinité, Temps des Dieux et ère de paix. Le pacifisme des Dieux préservait leurs relations sereines, mais les Hommes ne possédaient pas leur sagesse et certains conflits apparaissaient parfois entre les peuples d'Erakis. Si la situation s'envenimait au point de devenir dangereuse pour l'harmonie chèrement défendue par les divinités, le Dieu Ohköd, quittant sa retraite des forêts du Sanctlion, intervenait pour mettre fin aux querelles inutiles et délétères. Ohköd, Dieu de l'Equilibre, apparaissait aux Hommes pervertis par le désir d'un pouvoir dominateur ne servant que leurs ambitions personnelles où l'idée de justice et d'équité s'estompait au profit de la volonté de détenir une emprise autoritaire basée sur l'insécurité.


Ohköd n'eût jamais besoin de prononcer une parole. Il survolait les Hommes en tort, torse nu. Chacun connaissait le Dieu de l'Equilibre, et s'il inspirait un respect éternel, sa venue signifiait pourtant une menace claire, et personne ne l'ignorait. Les comploteurs se résignaient à abandonner leurs projets, et même s'ils s'en trouvaient d'abord frustrés, Naos, qui veillait à l'épanouissement spirituel des mortels, aidait ceux ayant su contrôler leur malveillance à entrevoir les bienfaits de l'enseignement d'Ohköd. Ainsi le Dieu du Savoir leur insufflait la connaissance des plaisirs de l'instant, apportant un réconfort chaleureux en leurs âmes désormais paisibles.


Conscients de la sagesse d'Ohköd et de son influence positive, un soir où les Dieux discutaient dans la Bibliothèque, accompagnés des chants d'Alya et de ses fées, ils décidèrent de lui offrir un présent en remerciement de l'honneur qu'il apportait aux Dieux par son comportement. Vesslos, Dieu du Ciel, en appela à l'Elémental Air qui d'une partie de son être créa une sphère relais de sa conscience. Par cette roche d'air, pierre de scrutation, Ohköd pourrait observer Erakis avec la liberté de l'air. L'Elémental Terre fut appelé à son tour afin de compléter le sceptre dont il créa le manche. Par le contact du sceptre au sol, la vitalité d'Erakis se transmettait à son porteur capable de ressentir l'énergie et les troubles de la terre. L'œuvre terminée, la plupart des divinités se rejoignirent au Sanctlion et offrirent au Dieu de l'Equilibre leur présent : Tair, le Sceptre de Perception. Cette appellation disparaîtra plus tard, chacun associant Tair à son porteur, le nommant désormais Sceptre d'Ohköd.



Retour en haut de page

Eclaircie la maudite



Eclaircie fut fondée en l'an -102 du Déinité. Coincée en des collines peu favorables aux cultures et entourées de forêts denses difficilement praticables, il relevait d'efforts constants de parvenir à se nourrir. La ville se développant dans ce climat difficile, certains hommes convoitaient le pouvoir, néanmoins ils y recherchaient plus le moyen d'exploiter les autres pour en tirer leurs ressources plutôt que de veiller bénéfiquement sur eux en leur apportant cohésion et confiance.


Sentant l'équilibre fragilisé, Ohköd se rendit à la Bibliothèque y trouver la confirmation du Dieu du Savoir. Naos s'inquiétait aussi, prédisant que la guerre déchirerait les différents clans s'ils ne se raisonnaient pas. Le Dieu de l'Equilibre, Tair à la main, s'envola alors jusqu'à Eclaircie pour survoler les collines constellées de maisons. D'elles s'élevèrent les cris des habitants criant avec angoisse le nom d'Ohköd. Le peuple d'Eclaircie savait désormais qu'il évoluait dans la mauvaise direction et devait trouver un compromis. Néanmoins la communication entre les différentes communautés d'Eclaircie ne se faisait toujours qu'à demi-mots ; sous des facettes de politesse et de compromis chacun cachait encore son désir de ployer les autres sous sa gouverne, les uns tentant d'introduire la notion de monnaie, les autres recourant à des moyens plus violents pour semer la terreur. L'escalade de la haine se poursuivait entre les différents clans, chacun rêvant maintenant de réduire en cendres ceux aux opinions divergentes.


Ohköd perdit patience, son avertissement n'avait pas calmé leurs basses aspirations de conquête par la destruction. Le Dieu de l'Equilibre se rendit de nouveau en Eclaircie et se posa au sommet de la plus haute colline, visible de la plupart des alentours. Pour la première et dernière fois, Ohköd s'adressa aux mortels : " Quelle fierté dégagez-vous de votre haine ? Quelle joie espérez-vous tirer de vos ambitions prosaïques ? L'équilibre est entre vos mains et vous le souillez par votre égoïsme. C'est votre choix, à vous d'en subir les conséquences. "


Ohköd brisa leur équilibre mental, les plongeant dans une démence provisoire incontrôlable. Les hommes d'Eclaircie ne reconnaissaient plus personne, ils libéraient leur hargne développée pendant tant d'années, ils se tuaient en savourant chaque fois la perte d'un opposant. La ville sombra dans un bain de sang et de flammes, ravageant la population, détruisant leurs habitations. Ce n'est qu'une fois leurs désirs malsains et agressifs ainsi exorcisés qu'ils retrouvèrent leurs esprits, pour constater que leurs mains se couvraient du sang de leur propre famille, de leurs amis. Ils s'étaient infligés entre eux le châtiment dédié à leurs ennemis, et en payaient un prix cruel dont ils ne pouvaient blâmer qu'eux-mêmes.


L'histoire d'Eclaircie, la ville maudite par les Dieux pour les châtier de leur irrespect à la vie, fut longtemps garante de la paix entre les villes d'Erakis.


Après Naos, Ohköd est certainement le Dieu qui a eu le plus d'influence sur les mortels. Il contribua grandement à la préservation de la paix même après son départ, apportant aux Hommes le message de vivre dans l'honneur et de suivre des sentiers de partage plutôt que de convoitise. Durant l'Athénité, une superstition dont l'origine fut oubliée resta redoutée par tous : toute nation déclarant la guerre subirait la malédiction d'Ohköd et ne perdrait que des gens de son peuple.



Retour en haut de page

Le Secret des Dieux



Savourant une vie paisible sur Erakis, les Dieux enchantés de leurs créations naturelles ressentaient pourtant un manque dans ces paysages somptueux. Naos lut en leurs esprits ce dont les divinités avaient besoin. Il convoqua les quatre Grands Elémentaux puis leur ordonna d'engendrer à l'image des Dieux de simples mortels. Alors que Terre et Eau façonnaient le corps des premiers Hommes, Air souffla en eux la vague des émotions, accompagnant telle une sœur les désirs dont Feu les para. Naos leur apporta la touche finale, leur insufflant une part limitée de son Savoir. Les Hommes n'exploiteraient qu'une faible partie de leur cerveau, néanmoins au long des millénaires, s'ils développaient leur psychisme endormi avec assez de foi en eux-mêmes, ils éveilleraient finalement la flamme divine de leur âme.


Satisfait, Naos déposa les premiers natifs d'Erakis au sein du lieu le plus enchanteur de leur monde, une terre aux couleurs inlassablement variées, où les rivières scintillantes abreuvaient des populations d'animaux : le Plateau du Levant. Naos ne leur accorda pas l'immortalité, sachant que d'une lutte inconsciente pour survivre les Hommes en développeraient grandement leur intelligence.


Les Dieux félicitèrent Naos de sa création et s'intéressèrent de près à ce peuple nouveau aux potentialités extraordinaires. Plumn, Dieu de l'Ecriture, enseigna aux mortels les bienfaits des écrits, Hèze fit des Vents la parole divine transmise aux Hommes. Psylnos leur accorda l'Inconscient flou et impalpable afin de les diversifier encore plus ; Råchel, Déesse du Mystère, prenait plaisir à agrémenter les tribulations des humains, et bien d'autres Dieux participèrent ainsi à l'épanouissement des mortels.


Naos devint l'un des Dieux les plus vénérés des Hommes, et cette juste rétribution ne donnait que plus d'assurance à Naos pour développer leur éveil. Pourtant sur Erakis, certains Hommes détournaient leur intelligence pour fomenter des complots à ambition dominatrice. Naos s'en irritait mais laissait le bénéfice du doute aux facultés de dialogue des Hommes, jusqu'au jour où il ne put contredire la malédiction proférée par Ohköd à Eclaircie. Constatant l'égarement des mortels à confondre leurs capacités spirituelles avec leurs aptitudes physiques, il se rendit sur le Plateau du Levant et permit à certains d'entrevoir des fragments de l'Art des Dieux sommeillant en leur esprit bridé, leur enseignant la magie. Les premiers élèves de Naos, dont Verfal fut l'un des plus brillants, eurent pour tâche de veiller à ce que les Hommes n'oublient jamais le feu divin sommeillant en eux.


Le Dieu du Savoir réalisa que le déséquilibre des mortels venaient de leur sérénité étouffée par des pulsions incomprises dont la torture perdait les plus faibles en un besoin de régression et de combat, de lutte et de pouvoir. Naos se sentit le devoir d'aider ses protégés, et Alya fut l'inspiration de son prochain cadeau aux mortels. Depuis peu la Déesse de la Musique séjournait à la Bibliothèque, et Naos vibrait d'admiration dès que son regard se portait sur elle. Par sa musique, Alya provoquait en Naos des sensations troublantes où les connaissances ne sont d'aucune aide face à cette émotion, cette contemplation, ce bien-être issu d'accords rassérénants et d'une voix douce et confortable émanant d'une Déesse joyeuse et créative. Naos tomba amoureux, découvrant une forme de magie qu'il n'avait jusqu'alors jamais ressentie, l'amour.


Pour sauver d'eux-mêmes les Hommes incomplets, Naos commença la rédaction d'un ouvrage qui serait le guide des mortels vers leur épanouissement total, vers la possibilité de s'ouvrir à toutes leurs facultés cachées, de se connaître et de comprendre les autres. Ce que Naos désirait leur offrir, à travers cette œuvre intitulée Le Secret des Dieux, n'était autre que le chemin intérieur vers l'ataraxie, paix de l'âme réservée aux divinités, prémisse de la fraternité universelle. Une telle œuvre ne pouvait être celle d'un seul Dieu, même pour le Savoir lui-même. Naos décida donc de s'inspirer des déités, et plus que de recenser leurs faiblesses, il puisait dans leurs esprits pacifiques les clés de l'harmonie malgré une peur et un doute inhérents à l'existence.


Tel fut le présent destiné aux Hommes duquel naquit le mécontentement des Dieux. Naos reçut pour la seconde fois la visite d'Ohköd, dont la venue, même chez les Dieux, signifiait un trouble d'importance sur Erakis. Le Dieu de l'Equilibre, soutenu par les autres divinités présentes à la Bibliothèque, exhorta Naos à détruire le Secret des Dieux, car tous connaissaient trop bien son amour pour les Hommes et son désir de les porter aux nues, et ils craignaient que Naos puisse utiliser les humains à des fins délétères. Bien que Naos affirma son unique désir de paix entre les mortels, les Dieux lui demandèrent de prouver son honnêteté. Le Savoir connaissait parfaitement ses frères, et sut donc comment gagner du temps pour finir le Secret des Dieux : il fit ce à quoi les déités s'attendaient le moins, il ordonna à l'Elémental Terre de faire jaillir au milieu de l'océan une terre à égale distance des continents, île embellie de tous les fruits de convoitise des Hommes à qui Naos donna l'assurance que la malédiction d'Ohköd ne s'abattrait pas cette fois en cas de combat. Les mortels pouvant pour une fois donner libre cours à leur désir de colonisation au nom des richesses d'une terre se lancèrent dans une guerre où ils déployaient toutes leurs forces. Les magiciens particulièrement furent dépêchés par les seigneurs du Levant et d'Ystria, les entraînant au sein d'un carnage d'où la plupart ne revinrent jamais.


Les Dieux, surpris de constater que le Savoir provoquait de lui-même la disparition des magiciens, oublièrent un temps leur méfiance envers Naos pendant qu'ils observaient avec satisfaction la magie s'épuiser au rythme des derniers souffles des mages. Durant les trois années suivantes, alors que seule Alya demeurait constamment à la Bibliothèque avec Naos, celui-ci parvint à terminer son œuvre. Les divinités éparpillées sentirent tel un frisson d'angoisse l'achèvement du livre divin suprême, le Secret des Dieux. D'un commun accord, refusant de voir cet ouvrage offert aux mortels, les Dieux se réunirent et convergèrent afin d'obliger Naos à détruire cette connaissance interdite aux Hommes.


N'emportant que son livre, Naos quitta la Bibliothèque accompagné d'Alya, pour se dissimuler dans les montagnes de Melk. Les Dieux venaient de perdre le Secret des Dieux, mais ne pouvant s'attaquer aux causes, ils optèrent pour en éradiquer les conséquences potentielles, à savoir l'éveil des Hommes. Ils invoquèrent ainsi les Grands Elémentaux et les sommèrent de réduire toute vie mortelle à néant. La Colère des Dieux s'abattit sur les Hommes.


Voyant avec colère les Erakiens se faire décimer, vivre dans la peur et le danger sans répit, Naos décida de s'opposer à ses pairs afin de sauver les mortels. Deux années durant, caché à Melk, il travailla avec Alya sur l'interprétation musicale du Secret des Dieux. La Déesse de la Musique, non menacée des déités, serait la seule à détenir éternellement les mystères du grimoire. Au lieu de transmettre un unique livre des connaissances aux Hommes, Alya leur octroierait un épanouissement subliminal à travers sa musique. L'entité physique du Secret des Dieux n'avait plus d'intérêt une fois sur papier car seul comptait désormais la manière de l'enseigner aux Hommes, ainsi après avoir défini le Cauchemar commun des déités, il brûla le Secret des Dieux afin de s'incarner en Dragon de platine, entité de magie pure, synthèse de la psychologie divine.


A la défaite de Naos contre Zosma, seule la Déesse de la Musique, désormais Bruyère, disposait maintenant des enseignements divins, accords subtils et airs tels des messages ésotériques, recelant secrètement la carte fragmentée entre les mains des Initiés des routes permettant aux Hommes d'atteindre l'ataraxie et d'y découvrir la paix divine.



Retour en haut de page

La dispersion des déités



Psylnos, Dieu de l'Inconscience, fut le dernier à franchir l'Arche des Esprits Divins, laissant Heka et Rigel encore bébés au soin de Zosma dont il tenta de contourner la Folie pour lui faire comprendre sa mission. Hélas, c'était sous-estimer l'incohérence inhérente à Zosma. Lorsque Psylnos quitta Erakis et que la cordiérite au visage de Lune Vierge tomba entre les enfants divins, au lieu de les mener tous trois en lieu sûr, à savoir au sein du Mont Solitaire encore inhabité, Zosma envoya au hasard ses protégés sans se soucier plus longtemps de leur sort, trop impatient d'affronter en un duel décisif son propre Cauchemar.


Rigel


La cordiérite atteignit le Plateau du Levant où elle fut découverte par Marsius et enterrée avec lui. Rigel échoua au nord de Névée, sur un long plateau de glace transparente, à l'emplacement exact où il fondera plus tard son Université de Magie. Le sol invisible se perdait dans les tréfonds lumineux du continent gelé, si bien qu'on croyait marcher dans le vide à une hauteur vertigineuse. Rigel grandit en ce lieu, seul, parcourant des heures durant ces chemins indiscernables lui donnant l'impression de voler. Cette sensation lui fut bénéfique durant les premiers temps de sa vie, car il devait intégrer doucement le message de ses parents, apprendre à le comprendre. Rigel, perdu dans ses réflexions incessantes et millénaires, acquis une intelligence exceptionnelle, une intuition infaillible et la faculté de calculer minutieusement chaque action à mener pour libérer ses parents. Eveillé à son devoir, sa résolution ne s'ébranla jamais depuis lors.


En l'an 3321 de l'Athénité, Rigel franchit les eaux séparant Névée de Léole et parvint en Ystria, alors dirigée par le seigneur Blion. Son arrivée à Ystria fut accompagnée d'exclamations de toute la ville, car depuis la Colère des Dieux aucun étranger n'était jusqu'alors parvenu jusqu'à eux. Rigel leur déclara être le Maître de Magie, immortel venu pour les aider à évoluer dans un monde pacifique. Ce fut sa première parole, et son premier mensonge. Il fut acclamé par le peuple, ainsi Blion en fit-il son conseiller. Rigel obtenait sa première victoire, il tenait Léole. De seigneurs en seigneurs, le Maître de Magie embellissait la ville, améliorait les conditions de vie des habitants et développait leurs connaissances scientifiques. A la formation du Conseil d'Erakis, alors que la réputation du Maître de Magie avait voyagé de continent en continent, celui-ci fut naturellement invité à y participer car ses conseils de sage seraient les bienvenus. Rigel remportait sa seconde victoire par la fenêtre subtile qu'il s'ouvrait sur Erakis tout entière où il ne manquerait pas de verser sa douce et hypocrite attention. Rigel jubilait de sa réussite, car il se sentait faire son devoir divin.


Afin de surveiller Edara, il édifia un temple de la Lune dissimulé au sein de l'archipel d'Aramoana, ignoré des marins, refuge parfait pour développer une flotte secrète aux portes d'Edara. Ivellios et Félosyle, parmi les rares Elfes d'Artésia ayant trouvé la mort aux ruines, furent choisis par Heka pour veiller sur le temple et une partie des troupes.


Constatant que les magiciens initialement formés par Naos développaient leurs connaissances de millénaire en millénaire, approchant de plus en plus la maîtrise de l'Art des Dieux, Rigel fonda l'Université de Magie. Celle-ci devint très vite réputée comme la meilleure, le Maître de Magie dépassant de loin tous les mages mortels. Les portes de l'université restaient constamment ouvertes afin que chacun puisse les franchir avec l'assurance de recevoir la formation du Maître, néanmoins atteindre ces portes n'était pas si aisé. Sur une grande largeur cernant l'université, Rigel avait engendré un précipice sans fond. Ce ravin demeurait invisible parmi les glaces transparentes, et aucun chemin ne menait aux portes sinon celui des airs. Qui tomberait dans le précipice ne mourrait pourtant pas, le gouffre n'étant qu'un vaste portail de téléportation les transportant à leur bateau pour leur signifier de revenir une fois prêt.


Seuls des magiciens expérimentés parvenaient donc à franchir le vide, assurant au Maître de Magie l'arrivée de mages auxquels il devenait nécessaire de voiler l'étendue de leur propre pouvoir en leur révélant des sorts inespérés afin de mieux cacher le reste de l'inspiration divine sommeillant en chacun d'eux. Rigel préparait son armée, charmant les mages les uns après les autres.


Ceux-ci découvrirent alors Ourgast et s'y rendirent régulièrement depuis lors, y partageant une sincère amitié avec les Halfelins. Néanmoins, l'été dévastateur ravageant Ourgast ne fut pas un hasard. Le Maître de Magie l'engendra depuis son manoir sur Léole, devinant parfaitement que devant une telle tragédie, les mages se proposeraient de les aider. En plus d'avoir soigné nombre d'halfelins blessés, le Maître de Magie gratifia leur ville d'un sort de protection contre les flammes et contre les hautes températures, garantissant la protection des habitations. Bien que ce geste fut accepté avec gratitude, Rigel venait en réalité de les condamner, plaçant au-dessus d'eux une épée prête à s'abattre au moment opportun.


En plus de Léole et de Centre, Rigel déversait maintenant son influence sur Névée. Sur Edara aussi il se savait admiré et respecté, ainsi il ne lui restait désormais plus qu'à attendre la découverte de la cordiérite qui lui serait apportée sans même qu'il ait à la demander.


Rigel, Dieu de la Politique. Son plan divin était parfait, mais perdu dans cette rigueur aveugle et aliénante, il n'aimait personne, tout juste sa sœur, Heka.


Heka


Téléportée aléatoirement par Zosma, Heka se réveilla au sein d'Eclaircie, où seuls les ombres de criminels ayant tué leur propre famille et venant de subir la Colère des Dieux gisaient tels des corps vides au milieu des ruines de leur ville infernale. La plupart des survivants d'Eclaircie avaient migré en deux groupes dans les forêts du sud et du nord, ne sachant pas où ils se rendaient mais désireux de quitter ces collines maudites des Dieux. Les autres, ceux choisissant de rester en Eclaircie, ne parlèrent plus. La majorité d'entre eux logeait dans une ruine où gisaient les leurs. Ils n'attendaient plus rien de la vie, abattus, apathiques, trop veules pour s'accorder la mort qu'ils espéraient en secret. Dans ce contexte, Heka fut accueillie avec anxiété et ignorée de la population agonisante qui refusait de toucher un bébé irradiant une présence d'un tel charisme malgré ses pleurs de nourrisson. Les vieillards d'Eclaircie n'y voyaient qu'un nouveau mauvais présage des Dieux. Ils fermèrent les yeux, tentant d'oublier ce bébé, espérant chaque nuit que le froid vienne enfin arracher la vie de ce fardeau indésirable. Heka ne mourut pourtant pas, et resta seule, immobile au milieu d'un peuple de zombies.


Quatre semaines passèrent ainsi sans le moindre regard tourné vers Heka. C'est alors que parcourant Erakis en un frisson d'horreur, un cri de Folie parvint jusqu'à Eclaircie et fit trembler la terre. Les derniers habitants d'Eclaircie, déjà aussi morts que vivants, tués par ce hurlement divin et effrayant, se changèrent en Ténébreux, essences éternelles et glaciales de la mort. Tels furent dès lors les parents adoptifs d'Heka.


Désormais conscients de la supériorité d'Heka, les Ténébreux l'acceptèrent comme Reine. Elle grandit entourée de monstres sans vie, avec pour mission de détruire les mortels qu'elle ne connaissait même pas, tâche confiée par ses parents qui pour seule aide lui offraient un royaume en ruines peuplé d'ombres silencieuses. Heka y forgea son caractère, fit des monstres des forêts ses élèves et serviteurs. Elle invoqua au-dessus d'Eclaircie un nuage de brume noire afin que les mort-vivants soient protégés de la lumière du jour, se privant désormais du soleil des Hommes et de la Lune de ses parents. Son univers de ténèbres se refermait doucement sur elle, enchaînée à son devoir de préparer le retour de ses parents.


Heka en devint froide et impassible, franche et résolue. Lorsque Rigel la retrouva aux ruines peu après son arrivée sur Léole, son flamboiement de gloire et de sérénité contrastait avec les doutes et l'éclat sombre d'Heka. Les derniers espoirs d'Heka furent alors brisés, son frère lui dictant de rester ici dans l'anonymat, surveillant durant l'éternité s'il le faut la force armée secrète des demi-Dieux. Alors que Rigel jouissait des richesses d'Erakis et de son confort, Heka gouvernait les morts en son pays de nuit permanente, pour une cause en laquelle elle ne croyait pas. Des Dieux, elle ne connaissait que leur cadeau empoisonné, et sa seule vision des mortels était celle des cadavres envoyés par son frère.


Un jour pourtant, Heka découvrit parmi les victimes de Rigel un homme en guenilles, au bord de la mort mais dispensant encore un souffle de vie qui parut à Heka comme un rayon de lumière au milieu de la noirceur omniprésente des ruines. Plutôt que de l'achever pour le changer en mort-vivant, elle soigna cet homme d'Ystria dont Rigel s'était lassé de l'éveil intellectuel qu'il apportait au peuple. Tréömhyr-Ankha, philosophe, fut le premier mortel à côtoyer la fille des Dieux.


Heka ouvrait au rescapé de nouveaux horizons de réflexion, et Tréömhyr-Ankha pouvait de toute manière difficilement refuser l'invitation divine lui dictant de l'accompagner le temps que durerait sa vie. Ainsi Heka, Reine des morts, put pour la première fois connaître les Hommes par les récits du philosophe. Heka parla sincèrement à Tréömhyr-Ankha, lui dévoilant ses origines, la guerre à venir et l'éradication de la vie afin de retrouver la paix perdue. Le philosophe, d'abord abattu d'un tel destin, finit au long des siècles par comprendre la motivation des Dieux. A voir l'espoir perdu d'Heka, il en devinait celui des Dieux au moment de fuir.


Lorsque la vieillesse s'apprêtait à emporter la vie de Tréömhyr-Ankha, Heka lui offrit un choix : il pouvait mourir définitivement avec l'assurance de reposer en paix sans venir gonfler les armées des demi-Dieux, ou accepter d'Heka l'immortalité qu'elle lui proposait afin qu'il l'accompagne à jamais, et de son plein gré.


Attaché à Heka, par amitié, probablement par amour, Tréömhyr-Ankha accepta de partager son séjour éternel. Les années passant, son enveloppe charnelle en poussière fit du philosophe l'unique liche d'Erakis. D'Heka il apprit la magie et les mystères divins des origines, puis devint le chef des armées de la Lune, aidant Heka à porter le lourd fardeau qui lui incombait, et partageant désormais sa cause. Telle fut la découverte d'Alwaïd devant l'Archiliche : le demi-Dieu s'apprêtait à tuer l'unique homme qui épousa volontairement les véritables idéaux divins. Ainsi, Alwaïd ne tira aucune fierté de sa victoire sur l'Archiliche, il n'en ressentit qu'absurdité. Tréömhyr-Ankha, philosophe immortel, le seul sur Erakis à avoir fait rire la divine Heka.


Sur la Lune, Heka retrouva en l'esprit de Linaëlle un amour des Dieux lui rappelant celui de Tréömhyr-Ankha. Elle renvoya Araknor et prit l'apparence du rôdeur, seule chance pour la Reine des morts de parler en paix avec la prêtresse. Heka ne désirait dès lors plus la tuer. Elle désirait la rallier à sa cause, ou même, que Linaëlle la persuade de se réconcilier avec les Hommes comme Tréömhyr-Ankha l'en avait disposée par la beauté de sa philosophie. Linaëlle ne put entrevoir l'intensité d'un tel doute, trop ancrée dans l'assurance sur laquelle elle s'appuyait pour oublier les Dieux. Lorsque Araknor apparut avec Nejma et Syä, Heka sut qu'elle ne trouverait plus de compromis. Elle tua alors Linaëlle afin de se défaire du reflet de sa douloureuse incertitude, de son hésitation qui finalement lui coûtera la vie à elle aussi.


Alya


A la disparition de Naos, Alya demeura seule avec Alwaïd, sachant que bientôt les enfants des Dieux se mettraient en quête de libérer leurs parents et de neutraliser la dernière Déesse d'Erakis. Alya quitta les montagnes pour s'isoler au sein du Mont Solitaire où elle suivait l'éveil rapide de son fils. Elle resta en Edara car sûre que les enfants des Dieux ne s'y risqueraient alors pas, elle protégeait de loin le Cauchemar des Dieux, Dragon fou plongé dans un sommeil éternel.


Dans le temple de pierre abandonné du Mont Solitaire, la Déesse de la Musique s'abandonnait aux plaisirs de sa harpe, jouait des heures et parvenait à donner même aux silences une suave harmonie. Lorsque les Gnomes découvrirent ce lieu, certains des plus fidèles à Hèze ressentirent en leurs chairs une sensation longtemps recherchée sans pourtant pouvoir la définir. Ceux qui ne repartirent pas acceptèrent de se former à la musique, saveur nouvelle et épanouissante. Abandonnant son nom, Alya puisa son inspiration dans le reflet de son regard où se discernaient des lumières incertaines, des couleurs dignes des plus beaux tableaux, les bruyères du Mont Solitaire.


Partageant le séjour des mortels et s'inspirant de leur imagination toujours renouvelée, Alya s'attacha sincèrement aux hommes, réalisant que la beauté musicale n'était pas réservée aux Dieux, ni aucun des dons de ceux-ci. Les mortels ne se rendaient pas compte de leur potentiel, et ce n'est qu'en comprenant combien ils pouvaient parfois passer à côté de leur bonheur qu'Alya réalisa pourquoi Naos désirait les éveiller, pourquoi il voulait leur apporter le Secret des Dieux afin de les mener à l'ataraxie savourée par les Dieux.


S'ouvrant à l'amour des mortels, Alya en devint leur protectrice. La réputation de Bruyère et de sa créativité firent rapidement le tour d'Erakis, amenant au sein de son Ecole d'Art des élèves de tous les continents. Au début du cinquième millénaire de l'Athénité, Bruyère fonda l'ordre des Initiés à qui elle transmit les partitions magiques fragmentées. Si les Initiés devenaient ainsi des barde-mages redoutables, ils prêtaient pourtant le serment de ne jamais utiliser leur magie sans l'accord de Bruyère afin que leur force ne soit jamais dévoilée.


Chaque Initié se voyait chargé de la formation des nouveaux apprentis, ainsi Bruyère pouvait se consacrer à l'initiation finale de ses élèves avant d'apposer la marque des bruyères sur les mains des nouveaux Initiés. Après un temps d'enseignement, ceux maîtrisant la télépathie se trouvaient libres de parcourir Erakis afin de transmettre aux peuples la douceur de la musique, l'éveil qu'elle apporte, et par la même occasion surveiller les activités des différentes villes, particulièrement Ystria.


Bruyère fut invitée à siéger au Conseil d'Erakis. L'adulé Maître de Magie y participant aussi, la Déesse ne voulut pas risquer d'avoir à mentir pour couvrir son identité sous les attaques subtiles que lui lancerait alors Rigel. Elle déclina donc l'invitation, apportant néanmoins tout son soutien à l'équilibre d'Erakis et déclarant les portes de son Ecole d'Art ouvertes à tous.


Le nom de Bruyère fut prononcé par tous les poètes, sa beauté légendaire s'amplifiait de récit en récit par les marins en quête d'une sirène inoffensive. Parler de Bruyère, c'était laisser partir son esprit vers des horizons inconnus, vers des contrées imaginaires fantastiques dont le mystère imprégnait la scène avec douceur. Dans la plupart des villes, les Initiés se trouvaient accostés par des habitants en quête d'une description de leur maîtresse. Les musiciens se contentaient de sourire, témoignage unique et suffisant des bienfaits de Bruyère, inspiration immortelle et merveilleuse.


Alwaïd


Alors que Rigel colonisait tous les continents habités à l'exception d'Edara sous la protection d'Alya, Alwaïd établit sa retraite au Sanctlion, terre sacrée d'Ohköd l'Equilibre, aux forêts denses cernées par les reliefs vertigineux du volcan ancien.


Depuis, il ne quittait son domaine que pour deux raisons. La première était le recrutement des hommes qui constituaient son armée. Alwaïd parcourait Edara, transformé en oiseau, il traversait villages et campagnes à la recherche d'hommes perdus, d'enfants abandonnés ou de voleurs et conspirateurs bannis des villes. Alwaïd, bien que ne possédant pas le Savoir absolu de son père, était néanmoins capable de lire en chacun des esprits qu'il rencontrait, jugeant ainsi de leur aptitude à recevoir les révélations de la guerre des Dieux et à vouer leur vie à un combat latent et incertain. A ces hommes, Alwaïd apparaissait en rêve, le demi-Dieu leur dictant de se rendre au fleuve Sylvinÿsl dans lequel ils se baigneraient. Lorsqu'ils s'immergeaient dans ces eaux, les élus d'Alwaïd se dissipaient sous les reflets des eaux avant de reprendre leur souffle aux abords d'un des étangs du Sanctlion où Alwaïd paraissait alors pour les accueillir.


Une fois au Sanctlion, personne n'en ressortait afin de protéger le secret du volcan. Chaque homme s'entraînait chaque jour au combat, personnellement aidé par Alwaïd. Celui-ci, lisant en eux leurs troubles, leurs malaises, décida pour les récompenser de suivre désormais le chemin lointain de la liberté, de faire des forêts du Sanctlion un paradis pour les mortels. Le demi-Dieu ne rendait pas ses hommes immortels, mais leur procurait de leur vivant autant un doux apaisement psychologique que la liberté de vivre selon leurs désirs tant qu'ils restaient fidèles à leur entraînement martial quotidien. Les troupes d'Alwaïd étaient donc bien moindres que les générations de mort-vivants de Rigel et Heka, cependant la force de l'armée griffée se mesurait à travers leur épanouissement et l'équilibre psychique qu'ils gagnaient en ce lieu. En leur offrant les vertus d'une harmonie parfaite entre les hommes, ces derniers ouvraient leurs esprits à la complémentarité des différents caractères plus qu'en la méfiance de l'inconnu, et réalisaient d'autant mieux l'importance de leur combat silencieux.


A la création de l'ordre des Initiés, les cérémonies où les élèves de Bruyère se voyaient octroyer la marque de l'initiation furent la seconde raison des voyages d'Alwaïd hors du Sanctlion. Transformé en lapin et reposant aux côtés d'Alya, il lisait dans l'esprit des nouveaux Initiés, choisissant parmi eux les futurs Maître-Initiés, ceux qui guideraient les barde-mages lors de la guerre des Brumes après s'être ouverts à la connaissance de l'identité réelle de Bruyère et Alwaïd. Le demi-Dieu menait ces Initiés jusqu'au Sanctlion où il leur révélait les intentions des Dieux et leur rôle d'éveil permanent au sein des différentes villes. Les Maître-Initiés étendirent ainsi le regard d'Alya à tous les continents. Certains d'entre eux pourtant désirèrent s'attarder au Sanctlion, agrémentant les lieux de leurs chants inspirateurs. Le paradis des guerriers d'Alwaïd devint complet, et fut désormais le théâtre de plusieurs naissances, les mères Initiées des nouveau-nés étant alors acceptées à jamais au Sanctlion, à jamais, jusqu'à l'attaque des demi-Dieux. Karsanis et Elianis, généraux de l'armée Griffée, furent de ces enfants du Sanctlion.


En mémoire de son père, Alwaïd donna pour symbole à son armée la griffure du Dragon ornant son front. Trois griffures apparaissaient sur les boucliers des hommes d'Alwaïd, signe de la trinité salutaire, l'alliance de la force, du courage et de la sagesse. L'enfant du Savoir et de la Musique craignit de se confondre avec le Dieu de la Guerre, alors que pour chacun de ses hommes il incarnait le Dieu de l'Alliance.



Retour en haut de page

Attaque et reconstruction de Sable



Sable a toujours été la seule ville du désert, bâtie sur les rivages ouest, loin du lac de lave, fondée après l'éradication des forêts de Segin par le séisme d'Edara. Sable étant aux limites d'un immense désert de sable, ils en firent leur matière première et se spécialisèrent dans la fabrication du verre. Affinant leur savoir et leurs techniques de génération en génération, ils finirent par maîtriser à tel point le travail du sable que différentes villes commandèrent des moules parfaits pour leurs forgerons afin de concevoir des armes particulières dont la précision pouvait se calculer au grain de sable près. Ne comptant pas se limiter à la création des moules, ils décidèrent de produire eux-même ces armes de légende au sein d'une forge qu'ils édifièrent au bord du lac Segin.


Leur réputation s'étendit sur Erakis tout entière. Ils construisirent un port et d'innombrables charrettes de commerce parcouraient tout le continent ou partaient sur des bateaux vers Centre. Leur prospérité servait d'exemple. La plupart des palais se parèrent des décorations réalisées à Sable, les Gnomes commandèrent pour leurs temples des vitraux d'une beauté inégalée et hors de prix.


Philistin, seigneur d'Ystria, finit par voir le développement de Sable d'un mauvais œil, car ses innombrables ouvriers et forgerons apportaient beaucoup moins de revenus au royaume à cause de la chute de l'exportation de leurs produits. Les intérêts économiques sur Erakis n'étant que très limités, l'argent constituant une monnaie bien moins utilisée que les échanges purs, Philistin n'aurait vu aucun danger au fleurissement de Sable sans une suggestion subliminale du Maître de Magie.


En secret, le seigneur Philistin réunit ses troupes. Le Maître de Magie leur parla alors, gagnant à chaque parole l'accès à l'esprit des soldats. L'armée d'Ystria, aux hommes dont le visage et l'armure étaient dissimulés derrière des défroques illusoires, partit ainsi vers Sable sans même en être consciente, pendant qu'une flotte invisible de canonniers voguait vers le désert. Sous les ordres de Tréömhyr-Ankha, l'armée d'Ystria lança simultanément son offensive sur la ville sans muraille et sur la forge isolée pendant que les canons détruisaient le port et ses bateaux. Ce fut une catastrophe pour Sable qui perdit tout en une journée, sous une armée anonyme dont ils ne purent deviner l'origine.


Philistin fut satisfait de l'attaque mais ne s'attendait pas aux réactions de la plupart des villes d'Erakis qui d'un mouvement de solidarité et pour l'admiration qu'ils portaient à Sable donnèrent chacun une somme considérable ou de l'aide en nature afin de permettre aux ouvriers de Sable de reconstruire la ville en la fortifiant. Dans cet élan unanime, Ystria fut obligée de faire de même pour ne pas trahir son animosité envers Sable et ne pas éveiller les soupçons. Excepté Tréömhyr-Ankha, les soldats d'Ystria ne se souvenaient de rien et condamnaient avec haine les auteurs de ce massacre.


En 5205, devant cette force solidaire, Thrarion, roi des Nains, proposa de créer le Conseil d'Erakis afin d'assurer l'ordre en se réunissant chaque année pour gérer les conflits intercontinentaux.


Le seigneur de Sable décida de reconstruire la ville au milieu des terres, au sein d'une oasis leur procurant l'eau nécessaire. Les Nains de Melk construisirent un tunnel souterrain amenant la lave directement au sein de la forge de Sable. Le Plateau du Levant et Arkab financèrent la reconstruction des habitations et des structures de travail. Ourgast et Centre fournirent autant de bateaux et de charrettes que Sable en avait perdus. Les bateaux partaient tous du port du Levant après transport des marchandises par les convois de Sable protégés par les Gnomes dans les forêts de Hèze. Léan et Ystria durent financer la défense de la ville, au grand désespoir de Philistin. Les architectes de Sable, sachant qu'en cas de nouvelle attaque ils ne pourraient résister à un long siège au milieu du désert, optèrent pour une autre stratégie : cacher la ville plutôt que d'avoir à la défendre. Ils dessinèrent les plans d'un miroir gigantesque entourant entièrement l'oasis. Ils donnèrent au miroir une double courbure particulière. La première reflétait parfaitement la limite entre le sable et le ciel d'où qu'on se trouve autour de la ville ; la deuxième grossissait et déformait les voyageurs à proximité, leur faisant croire à la présence de bêtes informes en plus grand nombre qu'eux.


Pour conclure, ils déclarèrent Sable ville interdite. Ceux qui tentèrent d'en trouver le chemin se perdirent ou fuirent devant ce qu'ils croyaient être des créatures du désert, alors qu'ils ne faisaient face qu'à leurs reflets déformés.


Le secret le mieux gardé de Sable est celui de sa multiplicité. Six autres Sable furent construites sur des oasis éloignées, éclatant la population en sept cités dont certaines se spécialisèrent dans la création d'armes magiques, dans la collecte de copies des œuvres confiées par les dirigeants Erakiens ou dans l'entraînement au combat en cas de nouveau conflit. Prolonger le tunnel reliant la lave à d'autres cités devint nécessaire, mais seul un Nain pouvait en dessiner les plans après avoir étudié les reliefs à creuser. C'est ainsi que le secret des sept cités fut révélé à un unique Nain, l'architecte-forgeron Kres'raën, qui décida de s'installer à Sable, partageant son savoir en parant de runes de protection les gardes des lames magiques de Sable.



Retour en haut de page

La guerre des Brumes



Les demi-Dieux ignoraient la naissance d'Alwaïd et l'interprétation musicale du Secret des Dieux. Ceci et l'absence de la cordiérite forçaient une attente nécessaire à l'élaboration et au développement des différentes forces. Adultes, Rigel et Heka ne furent pas dupes longtemps. Lorsque l'Ecole d'Art fut réputée pour ses artistes de toute provenance, ils devinèrent qu'en Bruyère l'immortelle siégeait l'âme divine de la Musique. Ignorant la force réunie par Alwaïd, Rigel se sentit en confiance, Bruyère ne formant que des musiciens inoffensifs. Le demi-Dieu en déduisit qu'elle puisait sa confiance dans la possession du Secret des Dieux. Alya restant anonyme et camouflant sa divinité, la première offensive de Rigel visa à obliger Alya à révéler ses pouvoirs divins, objectif à partir duquel il avait déjà tout prévu jusqu'à la condamnation de la Déesse par les mortels.


Voyant clair dans les ambitions des demi-Dieux, Alya n'intervint pas lors de la destruction de Sable, laissant chaque habitant tomber sous les coups d'une armée envoûtée. Rigel ne comprit son échec que plus tard, après qu'Alya ait quitté en secret le Mont Solitaire afin d'aller, seule, au milieu des ruines fumantes de Sable. La seule présence détectable demeurait le silence de la mort, pesant, éternel. De sa harpe, la Déesse de la Musique pénétra le mutisme des lieux puis le brisa par la douceur de ses accords, parfaisant de son chant cet appel aux âmes des mortels. Seul un bébé silencieux caché au milieu des ruines l'entendit de son vivant. Trop jeune, Océane ne put comprendre le miracle qu'Alya leur offrait, mais à jamais elle fut bénie par les accords d'une telle mélodie. Les habitants de Sable, ressuscités d'une main divine, ne se souvinrent ni de leur mort ni de leur éveil ; seul l'inconscient d'Océane conserva tel un rêve le chant de la Déesse. La bénédiction accordée au bébé se transmit de génération en génération, ainsi sa famille fut-elle toujours parmi les plus respectée, sans raison apparente sinon la paix intérieure qu'ils irradiaient et transmettaient. Keldish est le huitième descendant d'Océane, sa fille Esyana est la neuvième. C'est pourquoi Naos se posa devant Keldish en rejoignant les combats.


Cette attaque stratégique de Rigel ne fut pas un échec total car elle eût un impact considérable sur les mentalités des Erakiens, la chute de Sable démontrant que la malédiction d'Ohköd tellement redoutée n'était qu'une légende, ouvrant la voix à de nouveaux complots jusque là abandonnés par le respect et la crainte inspirés par Ohköd. L'année suivant l'attaque de Sable, le parti nationaliste d'Arkab fut fondé et les vices du désir de pouvoir se répandirent de nouveau parmi certains hommes. Sous les envoûtements du Maître de Magie, les seigneurs d'Ystria parvenaient mieux à attiser la méfiance de leurs troupes, à leur suggérer la nécessité d'avoir une puissante armée 'de défense' en cas d'attaque. Les soldats d'Ystria craignaient l'armée inconnue levée contre Sable, sans savoir qu'eux-mêmes en étaient responsables.


Malgré cela Rigel ne fut pas totalement satisfait, les armes magiques de Sable étant vouées à revoir le jour au sein de leurs moules parfaits. Seule la magie demeurant le point faible des Dieux, Rigel s'inquiétait de voir produire de nouvelles armes enchantées, inquiétude justifiée par sa vie arrachée par Sybalure, l'épée d'Araknor.


Au décret du Conseil d'Erakis de limiter l'effectif des armées de chaque continent, la proposition du Maître de Magie d'envoyer l'armée de Léole en un dernier combat pour le bien d'Erakis fut acceptée avec enthousiasme. En donnant son accord pour l'épuration des ruines d'Eclaircie, le Conseil signa la mort de ces hommes. Rigel offrait enfin un peu d'attraction à Heka. Les soldats aux couleurs d'Ystria furent maudits dès l'approche des ruines, lorsqu'ils sentirent pénétrer en eux les brumes empoisonnées de la mort. Cette armée condamnée fut vite achevée par les Ténébreux et amenée à la Reine des morts. Les troupes sacrifiées d'Ystria constituèrent la première armée dont Heka confia le commandement à Tréömhyr-Ankha.


La soif de Rigel ne s'arrêta plus depuis. Avec l'installation de quelques mages dans les forêts d'Arkab, son influence invisible y fut rapidement établie. Il construisit ensuite le temple de la Lune et sa flotte secrète au sein d'Aramoana, édifia son Université de Magie puis fit don à Ourgast de son vil soutien après l'avoir lui-même détruite.


Personne ou presque ne douta des bienfaits du Maître de Magie, incapable de remettre en doute ses paroles amicales. Rigel, leur pire ennemi camouflé derrière son altruisme hypocrite, apportait le bien à tous. Par la science de Rigel et l'inspiration d'Alya, les deux immortels devinrent un exemple de sagesse. Leur image sereine fut une des autres influences positives permettant la paix sur Erakis durant des millénaires.


La nouvelle offensive de Rigel planifiait l'attaque du royaume de Melk par Arkab sous couvert d'une rébellion nationaliste. Dupant Sham et son peuple, Rigel imaginait déjà les conséquences d'un tel acte. Le Conseil d'Erakis condamnerait le geste d'Arkab, mais Sham, indépendantiste, n'avait à répondre de rien à un conseil qu'il n'approuvait pas. Une probable guerre s'en suivrait, où de nouveau Alya se trouverait confronté au choix d'intervenir en se dévoilant ou de laisser les hommes s'entre-tuer, les tensions monter entre les continents et la méfiance et la peur se frayer un chemin dans l'imaginaire des populations d'Erakis.


La lettre de Linaëlle envoyée aux Nains fit échouer le plan de Rigel. Lorsque tous les mages se trouvèrent dans le tunnel étroit menant à la galerie majeure, les Nains jaillirent autant des forêts que du tunnel afin d'encercler et d'enfermer les mages dans ce conduit où il leur devenait impossible d'incanter un sort offensif, le dos courbé sous la voûte basse, les uns collés aux autres et se heurtant dans l'affolement. Comme un étau d'acier écrasant une armée d'insectes, les Nains décimèrent les mages et leurs sbires envoûtés. L'attaque de Sham fut un désastre, certainement car l'oisiveté de ses mages n'en fit pas de brillants enchanteurs.


La découverte de la cordiérite marqua un tournant décisif dans la guerre des Brumes. Heka rompait enfin son anonymat afin de quitter pour la première fois Léole, appelée au Plateau du Levant d'où l'onde libérée par la cordiérite fut ressentie par chaque déité. L'attaque du Levant avait moins pour objectif de récupérer la cordiérite que d'envoyer ses porteurs au Maître de Magie. Les Nains de Melk supposés condamnés par les mages d'Arkab, les armées de la Lune convergèrent vers Léan puis Hèze, avec pour objectif final la destruction du Secret des Dieux à l'Ecole d'Art de Bruyère. Heka laissa le commandement à Ivellios puis rejoignit les ruines en compagnie de Tréömhyr-Ankha afin de préparer le reste des troupes.


La flotte noire d'Aramoana fut la première victime de l'apparition au grand jour d'Alwaïd et de ses hommes. Yels, chef des navires de guerre de la Lune voguant vers Arkab, n'avait aucunement l'ordre d'aider l'assaut des mages comme le croyait Sham, mais bien de détruire Arkab et jusqu'aux derniers de ses habitants. Ainsi selon les prévisions de Rigel, le Levant, Melk et Arkab devaient tomber la première semaine. Araknor et ses amis puis la flotte Griffée quittant le Sanctlion sauvèrent le royaume Nain et la péninsule des marins.


Malgré le déploiement des forces divines, la Déesse ne révéla pas encore les pouvoirs de ses Initiés. Un seul barde-mage, un gnome joueur de mandoline, eut l'autorisation de disparaître avant que Nejma ne le saisisse. Si Alya voulut suggérer aux porteurs de la cordiérite les potentialités magiques des Initiés, ce fut pour leur faire doucement réaliser l'importance que Bruyère pourrait avoir en tant qu'alliée.


Pour Rigel, la première surprise déplaisante fut la présence fatale à sa flotte noire d'un troisième demi-Dieu sur Erakis ; la seconde fut la magie des Initiés, condamnant à Louhna les troupes de mort-vivants d'Ivellios, éradiquant les dernières forces destructrices d'Edara. Lorsque le Maître de Magie parvint à faire parler Axanaë, il comprit son erreur. Le Secret des Dieux n'était donc plus, mais subsistait dans la musique enchantée des barde-mages. Puisant dans la magie divine, les musiciens ne laissaient aucune chance aux armées de la Lune, et bien que Rigel et Heka disposent encore des magiciens et des forces d'Ystria et d'Eclaircie, personne ne fut envoyé en renfort sur Edara, l'invasion de l'Ecole d'Art étant devenue inutile. Les enfants des Dieux possédaient maintenant la cordiérite et savaient désormais que les pouvoirs dispersés du Secret des Dieux ne représentaient plus une menace directe pour leurs parents. Rien ne les empêchait plus de se rendre au Cimetière des Esprits, ignorant que le Cauchemar des Dieux serait bientôt éveillé.


L'escadre d'Ystria, les navires des mages et la flotte noire des ruines transportèrent alors l'ensemble des forces restantes de la Lune, protégeant la Bibliothèque et destinées à être balayées au retour des Dieux. Alors qu'Alwaïd guidait les armées de l'Alliance au sein des Brumes Mortes grâce au savoir transmis par Naos, la Déesse de la Musique s'était rendue à la Bibliothèque, attendant les demi-Dieux afin de se lancer dans un combat sans fin avec eux. Il suffisait à Alya de retenir les demi-Dieux le temps qu'Alwaïd ou le Dragon vienne l'appuyer.


Trouvant sans grande surprise la dernière Déesse d'Erakis sur leur chemin, les demi-Dieux ne s'attendaient pas à ouvrir l'Arche des Esprits divins d'eux-mêmes, ainsi avant de quitter les ruines, Heka désigna celui qui les rejoindrait afin de leur ouvrir la voix de la Lune pendant leur combat. Ce choix ne fut pas aisé, Heka ayant achevé de ses mains de nombreux hommes de valeurs, néanmoins son choix se porta sur un homme du Levant tombé à Verfal, un moine d'exception au charisme et à l'assurance inaltérés malgré la mort, Näam. N'ayant jamais fréquenté les Hommes, Heka sous-estima les prodiges que leur volonté pouvait engendrer, croyant ainsi en la soumission du moine garantie par sa mort et son esprit déchiré.


Näam ne se présenta pas sur la terrasse, trahissant les enfants des Dieux et les obligeant à être paralysés par l'affrontement. En désespoir de cause, avant qu'Araknor ne s'impose pour déstabiliser le combat, Rigel abandonna Heka à la violence divine de la Musique afin d'ouvrir la voie de la Lune Vierge.


Le Dieu de la Folie, ayant habité pendant des millénaires le Savoir, comprit que les esprits les plus purs et les plus équilibrés étaient aussi les meilleurs à ronger de l'intérieur. Se dissimulant derrière l'Arche, caché par la brume, Zosma ne guettait plus que l'instant où Alya, proie au psychisme parfait, perdrait sa concentration. Ce fut alors l'hécatombe des divinités.


Condamnée par la Folie, Alya se sacrifia, emportant avec elle Alwaïd et Zosma. Après avoir décimé cinq de ses anciens frères, Naos tomba sous l'Epée de l'Oubli de Syä. Enfin, sur la Lune Vierge, les doutes d'Heka signèrent sa mort et la confiance de Rigel fut fatale au dernier demi-Dieu.


La désunion par Syä des Grands Elémentaux de l'Arche des Esprits Divins et la disparition des Brumes Mortes signèrent la fin de la guerre des Brumes. 5482 années après la Colère des Dieux, le Savoir et la Musique vainquirent la Politique et la Mort.



Retour en haut de page

Le dilemme de l'Espoir



Sur les Terres du Fyndel, Syä faisait partie des Voyageurs des Plans, un des plus hauts rangs de l'ordre des magiciens. Bien que la plupart des mondes proches du Fyndel soient connus, la vastitude de l'univers garantissait la présence de vie sur des planètes lointaines et encore ignorées. Lors de l'un de ses voyages, Syä découvrit une voie menant à un monde inexploré : Erakis. A son arrivée au sein des forêts luxuriantes de Segin, Naos, possédant les connaissances d'Erakis mais pas celles des plans parallèles, sentit la présence inexplicable de Syä, nouvelle en son monde et dont il ne parvenait pas à pénétrer l'esprit.


Le Dieu du Savoir se présenta à Syä qui parcourait au hasard les bois enchanteurs des doux reliefs de Segin. Il lui proposa de l'accompagner à la Bibliothèque où elle rencontrerait nombre de divinités et où elle pourrait leur faire partager l'expérience de son monde. La magicienne accepta, apprenant à découvrir Erakis par le regard de ses créateurs. Syä s'attacha à la présence des Dieux qui l'avaient accueillie avec plaisir et curiosité, liant des amitiés inespérées avec certaines déités dont Alya, Naos, Artésia et bien d'autres. Malgré son attachement à ses nouveaux amis, Syä repartit au Fyndel, son amour des voyages et des nouvelles découvertes la poussant inéluctablement à ne jamais rester trop longtemps au même endroit, aussi plaisant soit-il.


Quelques années après son retour vers les siens, une maladie sévit au Fyndel, grave et incurable, inévitablement mortelle. Syä n'en souffrit pas, protégée par le remède fournit par Naos aux Erakiens ayant souffert du même mal. Elle décida de quitter ses terres afin de quérir l'aide du Dieu du Savoir, seul capable d'endiguer cette vague unique et radicale balayant la vie des habitants du Fyndel.


A son arrivée à la Bibliothèque, l'affliction de Syä ne trouva ni réconfort ni espoir. Les Dieux tremblaient devant la menace de Naos, les Grands Elémentaux ravageaient Erakis, tuaient les mortels par milliers. Le Dieu du Savoir avait fui, cependant il n'ignorait pas le retour et la prière de Syä. En l'aidant, il se serait découvert et les Dieux en auraient profité pour l'abattre avant qu'il n'utilise le Secret des Dieux. Déchiré par son silence, Naos décida pourtant d'oublier Syä et de continuer à guider Alya dans sa traduction du manuscrit ultime.


La magicienne du Fyndel pria, implora pendant des jours, sans recevoir de réponse. Ce mutisme confirma à Syä la trahison de Naos expliquée par les Dieux. Ceux-ci en appelèrent alors au soutien de la magicienne, car elle seule pouvait encore les aider, possédant des pouvoirs échappant à l'omniscience de Naos. Dévastée par sa déception, par la vision de son peuple se mourant désormais sans espoir de salut, et pour l'amitié qu'elle vouait aux divinités d'Erakis, Syä accepta. En ce jour où renaissait l'espoir dont les Dieux n'avaient jusqu'alors jamais eu besoin, il accordèrent l'immortalité à Syä, accueillant dans leur rang divin la Déesse de l'Espoir.


Avant qu'elle ne parte, le Dieu de l'Equilibre s'approcha de Syä qu'il rencontrait pour la première fois, ne quittant habituellement jamais sa retraite du Sanctlion. En remerciant la magicienne, Ohköd lui tendit Tair, la désignant gardienne du Sceptre de Perception par lequel elle pourrait depuis son monde observer l'issue du combat opposant Zosma et Naos et suivre l'évolution d'Erakis. Munie du Sceptre d'Ohköd, Syä salua une dernière fois les Dieux puis quitta Erakis.


Les dernières forces du peuple du Fyndel furent un élan solidaire pour la cause d'Erakis qu'ils ne connaissaient pourtant pas. Les derniers forgerons acceptèrent de travailler sur une arme capable de vaincre le Savoir. L'achèvement de la lame précéda de peu celle de ses créateurs, et alors que le peuple du Fyndel éteignait sa dernière flamme de vie, Syä en pleurs brandissait l'Epée de l'Oubli, ultime œuvre des forgerons du Fyndel, instrument de vengeance de son peuple et du salut des Dieux. Plus de cinq millénaires s'écoulèrent depuis, durant lesquelles Syä paralysée aux Terres du Fyndel vivait seule, observait Erakis par la pierre de scrutation en attendant le retour de la cordiérite.


L'Espoir incarné par Syä fut par exemple synonyme pour Alya du réveil de Naos ; les compagnons de l'elfe puisèrent inconsciemment en elle une partie de leur volonté et de leur courage ; cette espérance fut aussi le salut de Syä, empêchant provisoirement - jusqu'à la mort d'Alya - Naos d'affronter le symbole exhalé par Syä et offert à chacun, lui y compris.


Lorsque Syä brisa le sceau de Naos voilant sa mémoire, elle retourna aux Terres du Fyndel où elle recouvrit ses souvenirs, l'Espoir qu'elle représente pour les Dieux, sa mission de les aider à éradiquer le Savoir et implicitement, tous les mortels d'Erakis. Tous, y compris Nejma, Araknor, les deux hommes que Syä aime d'un amour différent, et Linaëlle, celle qui malgré tout a toujours porté les Dieux dans son cœur et en a transmis les messages de paix. Grâce à eux, Syä devinait que d'autres mortels dégageaient aussi cette noblesse et cette sagesse capables d'apporter sérénité et amour entre les Hommes.


De retour à la Bibliothèque, le bouleversement de Syä n'avait d'égal que la souffrance de sa déchirure devant un tel choix. Aucun n'était coupable, car Dieux et Hommes vivaient dans le même espoir. Observant le Sceptre d'Ohköd, symbole de l'Equilibre ramené du Fyndel, Syä comprit que ni les Dieux ni les Hommes ne méritait la mort, chacun aurait donc désormais son domaine : Erakis pour l'Humanité, la Lune Vierge pour les âmes des Dieux.


En tuant le Dragon et en amenant le Sceptre d'Ohköd sur la Lune, Syä redonne espoir aux Dieux. En effet, Tair, né des Grands Elémentaux Air et Terre, suffirait sous l'ordre d'Ohköd à recréer une Arche des Esprits Divins permettant aux Dieux de retourner sur Erakis. Seulement, Ohköd pourra se rematérialiser afin de brandir le Sceptre de Perception uniquement lorsqu'il sera invoqué par un équilibre désormais possible entre les Dieux et les Hommes ayant atteint l'ataraxie, les déités n'ayant alors plus à déclencher une nouvelle Colère des Dieux face à l'harmonie retrouvée.


Après la défaite des enfants divins, Syä, en tant que Déesse, ne pouvait rester en ce monde sans risquer de briser l'équilibre atteint après la guerre des Brumes. Avant de quitter Erakis, elle embrassa Araknor sur le front, et par ce baiser insuffla en lui les vertus de l'Espoir. Araknor saura le transmettre à son tour aux peuples de son monde, sans même s'en rendre compte. Ainsi, l'espoir des Dieux devint aussi celui des Erakiens grâce au baiser de Syä…



Retour en haut de page

Carte d'Erakis inspirée de Secret of Mana

Sujets


Vagues de Nauscia
Tair, sceptre d'Okhöd
Eclaircie la maudite
Le Secret des Dieux
Dispersion des déités
Destruction de Sable Guerre des Brumes
Dilemme de l'Espoir